S’amuser en travaillant. Cette méthode « disruptive », très à la mode depuis que les startups ont installé des tables de ping-pong dans leurs locaux et « révolutionné » le vieux monde de l’entreprise, Marie, directrice de production, la pratique depuis toujours. Pour elle un bon relationnel entre le client, le free et les prestas assure déjà 80% de réussite à un événement. Et si tout le monde partage en plus le même sens de l’humour, c’est gagné. En tout cas pour Marie qui fait confiance au hasard et surtout aux rencontres pour suivre sa route, une route qui est passée par Volcanic mais pas uniquement, et qui nous livre sa définition d’un bel événement comme d’un moins bon.

Je n’ai jamais cherché, ce sont les rencontres qui m’ont faite

La carrière de Marie s’est faite sur le tas. D’abord intéressée par le journalisme, elle valide une licence de droit avant de s’inscrire dans une école, l’ISCPA, qui propose un double cursus de journalisme et de communication. On lui conseille alors d’essayer la com. Et si cela ne lui plait pas, elle pourra toujours revenir au journalisme, l’inverse étant difficilement faisable. Pendant son cursus elle effectue un stage en 2001 au Printemps de Bourges aux relations presse grâce à un ami qui a une boite de marketing entre Paris et Bourges. Une super expérience humaine qu’elle décide de renouveler une fois son diplôme en poche, même en tant que bénévole. Satisfait de son travail, le Printemps de Bourges lui crée un poste sur-mesure (driver les artistes sur les conférences de presse, lors des interviews…). « A Bourges on était une famille. Et c’est toujours le cas. Mon seul regret, d’être arrivée trop tard pour voir Desproges ».

A cette époque Marie travaille encore pour l’agence de marketing de son ami. Elle y découvre le travail des graphistes, des imprimeurs et un peu l’évènementiel. Cet univers lui plait plus que les relations presse. « On passe son temps à relancer, rappeler, mendier pour des interviews ». En 2005 Marie décide de quitter l’agence pour découvrir de nouveaux horizons. Ça sera chez un détective privé qui organise des enquêtes « Client Mystère ». « On écrivait les scénarios et on récupérait des rapports pour les transmettre aux entreprises ». 3 mois très amusants pour Marie, surtout lorsqu’elle observe le travail de son patron. « Il prenait son rôle très à cœur. Par exemple il changeait sa voix au téléphone, prenait plein d’accents différents pour recueillir des infos ».

Et puis le soir du réveillon 2005, elle rencontre Caroline Boudy. Elles sympathisent, parlent boulot, et Caroline lui parle de l’agence Volcanic où elle travaille, qui cherche quelqu’un pour 3 mois. Et les 3 mois se transforment en 3 ans. Là-bas elle touche un peu à tout car l’agence a besoin d’un nouveau site internet et de mettre en place de nouveaux process administratifs. En gros Marie va s’occuper de la gestion de l’agence. Elle va également participer à la création de la course La Lyonnaise, avec le patron de l’agence Éric Vincent et son frère Philippe, directeur technique dans l’évènementiel sportif. Marie est donc en contact avec de nombreux free avec qui elle a de très bons contacts. Et en juin 2007, elle décide de devenir free à son tour.

Dès le mois suivant, une grosse agence fait appel à elle pour être assistante de prod. Jusque-là Marie travaillait un peu sur tout et mixait les fonctions de chef de projet et d’assistante de production. « C’est souvent le cas dans les petites agences. On doit toucher à tout. Dans les grosses agences tout est très hiérarchisé. Je suis passée d’une boîte où nous étions 3 à une entreprise de plusieurs dizaines de salariés, où toutes les directrices de production ressemblaient à des mannequins ! Je me suis demandé ce que je faisais là. Je n’étais pas habituée à travailler dans un milieu aussi féminin. » Par hasard – ou par chance – la seule place disponible pour travailler se trouve dans un bureau entièrement masculin qui regroupent les graphistes et les directeurs artistiques. Elle découvre l’univers des « permittents », ces frees qui restent travailler pour l’agence car les dossiers tombent de façon régulière sans avoir à chercher. Un avantage financier certain, mais aussi un inconvénient. « On fait partie de la boîte sans en faire vraiment partie. On est impliqués dans toutes les problématiques humaines et salariales, les histoires entre collègues et ça n’est pas mon truc. Je m’entendais bien avec tout le monde. Je m’y suis fait des ami(e)s car pris individuellement, les gens étaient supers. Mais ce qui m’intéresse c’est la mission, pas le reste ». A l’agence il y a également la salle Bing. C’est là que les frees se retrouvent pour travailler, discuter et partager leurs projets. Alors quand en 2008 un free lui parle d’autres clients qui cherchent une directrice de production, Marie part vers de nouveaux horizons et depuis, difficile de l’arrêter. Marie se décrit volontiers comme une hyperactive qui s’ennuie facilement. Mais elle ne court pas après les projets. Aujourd’hui ce sont les projets, et les clients, qui viennent à elle. Et ce qui l’intéresse n’est pas le nom du client, aussi prestigieux soit-il, c’est l’équipe avec qui elle va travailler. C’est ce qui fait que pour moi un événement est réussi, ou pas »

Ce qui compte c’est l’ambiance de travail, pas l’événement en lui-même.

En étant free depuis de nombreuses années, Marie a travaillé pour de nombreuses agences, grosses ou petites, et autant de clients différents. Des gens auxquels elle doit s’adapter, qu’elle apprend à connaître le temps du projet. « Parfois je travaille avec des équipes qui sont déjà en place, en interne ou pas. Et parfois c’est moi qui compose mes équipes. Ça n’est jamais pareil. C’est ce qui est stimulant dans mon travail. »  Et qui peut réserver de bonnes comme de mauvaises surprises. Car si certains directeurs de la production sont comme des machines et laissent l’humain de côté, ça n’est pas le cas de Marie. « Les évènements pourris sont ceux pendant lesquels on ne s’entend pas, ou il n’y a pas d’humour même si au final le résultat pour le client est parfait. Ça a été le cas pour un gros client, avec un lancement de campagne au Grand Palais. Il y avait plusieurs évènements en un. Mais le client changeait sans arrêt d’avis, les horaires étaient improbables et la pression très forte sur tout le monde. Ça nous a empêché de prendre plaisir à participer à un événement de cette envergure. Si pour le client tout s’est bien passé, pour moi c’était une souffrance. J’en garde un très mauvais souvenir. »

Heureusement il y aussi – et surtout – les « beaux évènements ». Pour Marie ce sont les belles équipes qui font les beaux évènements. « Ceux pour lesquels même si tu es crevée tu vas te lever à 4h du matin et faire un flash mob dans le froid en K-way fluo. Et si tu te lèves c’est parce que tu sais que tu vas travailler avec des gens supers, qui sont à la fois bons dans leurs jobs et drôles ». C’était le cas aux Jeux Équestres de Caen en 2014. Marie participait à l’organisation des cérémonies d’ouverture et de clôture en tant que chargée de production. « Il y avait du mapping 3D prévu sur le sol, un Pégase. A la répétition tout était parfait. Et le jour J un projecteur nous lâche, créant une zone blanche sur le dessin. Ça n’était pas si grave même mais on s’était tellement investis qu’on en a tous pleuré, y compris les techniciens. C’était une super équipe et on avait beaucoup bossé alors c’était très émouvant ». Idem lorsqu’elle organise un multiplex en direct avec 8 villes différentes pour une grande banque. « La pièce de théâtre se déroulait à Paris, et était retransmise dans 8 autres villes. Chacune d’elle ne savait pas qu’elles étaient liées alors quand on a allumé un à un les écrans et que tout le monde s’est vu, on a encore tous pleuré. De joie cette fois car la veille ça ne fonctionnait pas ». La réussite technique est au cœur du travail de Marie, mais un bel événement ne se résume pas à cela même si c’est à chaque fois un challenge. C’est le lien qu’elle crée avec ses équipes qui fait la différence.

Il y a quelques temps, Marie a opéré un retour aux sources, pour Volcanic. L’agence avait été retenue pour un gros projet sur 3 sites différents et avait besoin de bras supplémentaires mettre en place une organisation digne des plus grandes agences. Alors Marie a mis en pratique ce qu’elle avait appris depuis plusieurs années ailleurs en créant un organigramme précis de chaque poste, des fiches de postes détaillées, et des budgets en face. « C’était un challenge. Je devais montrer à Eric de quoi j’étais capable, ce que j’avais appris en étant partie et d’une certaine façon lui rendre. Il me faisait confiance, à nouveau, alors je ne voulais pas me rater. Il y avait une charge émotionnelle supplémentaire. Et tout a fonctionné, à la fois techniquement car c’était un super événement, mais aussi humainement. Pendant la préparation c’était un peu comme Woodstock, tout le monde s’aimait, on bossait bien, c’était génial. Pour moi c’est comme si la boucle était bouclée. J’avais réussi à sortir un super événement alors après ça je pouvais m’arrêter ». En réalité Marie ne s’est pas arrêtée. Lorsqu’un événement se termine, il y a souvent une sorte de « baby blues » après. Il faut reprendre ses marques.

Ambitieuse oui, mais pas carriériste. Je ne ferai pas ça toute ma vie.

Aujourd’hui Marie peut se permettre de prendre un peu de temps pour elle. Ça n’est pas une question financière, c’est savoir de quoi on est capable et ne pas avoir toujours besoin de le prouver. Dans le langage de Marie « prendre du temps » signifie « quelques jours », car une fois quelques déjeuners calés, la paperasse faite et les obligations du quotidien remplies, elle a envie d’y retourner. « Ça n’est pas pour les évènements, c’est pour mes potes. Je sais qu’en me levant le matin c’est avec eux que je vais travailler quand je constitue mes équipes. C’est la famille. Et puis il y a aussi les nouvelles rencontres, parfois bonnes, et là on regrette quand un événement s’arrête, ou moins bonnes et ça ne compte pas quand on est free on sait que c’est limité dans le temps ».

Un job de schizophrène, voilà comment Marie décrit son métier. « On pleure, on rit, on râle, on pense qu’on va arrêter. Monter des évènements est très stressant, et usant physiquement. On vit H24 avec des gens, et certains qu’on n’a pas choisis, mais on crée nécessairement des liens car il n’est pas possible de jouer un rôle sur la durée. En tout cas pas moi. J’aime cette ambiance, et surtout rire. L’humour est très important pour moi. On peut faire passer beaucoup de messages grâce à ça, même quand on gère des gens. Pour dédramatiser, ou pour parer à une problématique. Inutile de mal parler aux gens pour faire passer des messages. Je n’aime pas ça. Il faut être bienveillant ».

 

Alors à la fin d’un évènement, c’est forcément compliqué à gérer pour Marie qui avoue être accro à cet effet d’ascenseur émotionnel. Mais elle sait aussi qu’elle aspire à un peu plus de sérénité, un jour, et n’oublie pas pour autant sa vie personnelle. Même si elle se laisse le temps, un de ses futurs projets sera de quitter Paris pour s’installer en Bretagne où elle a acheté une maison. Et peut-être d’y ouvrir un bar à huitres. Pour rencontrer d’autres gens, créer d’autres liens, et surtout continuer à rire.

 

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