Près de 30 ans d’expérience dans l’évènementiel. Ça en fait des conventions, des lancements de produits, des opérations de team building… et des marques qui ont fait confiance aux nombreux talents de Frédéric. Sur son CV, à la rubrique compétences on peut lire « directeur de création », « scénographe » ou encore « concepteur/rédacteur ». Mais Frédéric n’aime pas les cases, trop exiguës, et préfère se définir comme un « couteau suisse » de l’événement. Découvrez ce qui selon lui définit le mieux un événement.

« Rencontrer des gens ça m’a nourri, ouvert l’esprit et sans doute rendu meilleur » »

Raconter une histoire puis la mettre en scène pour animer les évènements de ses clients fait partie du travail de Frédéric. Un travail de création artistique mais aussi d’écriture qui peut parfois être très long (plus d’un an) s’il s’agit d’un gros événement. Pendant cette phase, Frédéric rencontre des gens. Les clients bien sûr – dirigeants ou responsables de la communication – mais aussi parfois des salariés des entreprises concernées. Ils vont lui parler de leur quotidien, de leur entreprise, de leur vie. Un moment privilégié pour Frédéric pour qui la découverte de l’autre, l’échange et le partage sont essentiels.

Puis vient le montage. Et c’est là que le travail de Frédéric prend corps. « Je suis fasciné par les autres prestataires ou artistes qui travaillent. Musiciens, danseurs, éclairagistes…Je me pose dans un coin et je les regarde travailler. C’est ce que j’appelle mes moments de bonbons acidulés. C’est fascinant de voir tous ces talents réunis rendre concret ce qui n’était que virtuel ».

Si pour certains ce sont d’abord les voyages qui les ont attirés pour travailler dans l’évènementiel, Frédéric y voit plutôt un moyen d’aller à la rencontre des autres. Ceux avec qui ils travaillent, et ceux qu’il doit émerveiller. Et pas besoin d’aller au bout du monde pour cela. « La France est une pépite. Discuter avec les ouvrières d’une usine textile à Troyes, apprendre à connaître leur entreprise, leurs vies, même si c’est pour un événement, me nourrit ». Et le meilleur moyen pour rendre à ces anonymes ce qu’ils ont bien voulu partager avec lui, c’est de leur faire vivre un moment unique.

« Dans l’éphémère on ne cherche que la durée »

Pour Frédéric marquer le temps est une obsession. « Dans notre métier il faut être capable de véhiculer de l’émotion le jour J, à l’instant T. C’est le seul métier de la communication qui y arrive car on a un public. On n’a pas le droit à l’erreur. Il doit se passer quelque chose entre la scène et le public, une rencontre alchimique ».

Alors quand cela se produit, c’est magique. Comme lorsque Frédéric crée une « comédie/ chansons » pour une entreprise du secteur mutualiste. A la fin de la représentation, les salariés invités sont en larmes car il a su, grâce à des acteurs et des chansons parfaitement choisis, mettre en scène leurs métiers. « Les salariés ont ensuite demandé à la direction si le spectacle pouvait être rejoué ailleurs. Pour des raisons financières, cela n’a pas été possible. Mais cela signifie que j’avais réussi, j’allais laisser une trace et ça n’a pas de prix ». Il y a aussi eu ce cadre, recroisé sur une convention 4 ans après une autre convention à laquelle il avait participé pour une autre entreprise. « A l’accueil où tout le monde était réuni en attendant la clé de sa chambre, le gars me pointe du doigt et me dit qu’il se rappelle de moi. Il se tourne vers les autres et leur dit qu’il me connaît. Il commence alors leur raconter sa convention d’il y a 4 ans auparavant, et à quel point celle-ci l’avait marqué. La meilleure de sa vie selon lui ».

 « Quand tout se passe bien c’est presque morne »

Il y a ceux qui aiment qu’un plan se déroule sans accroc, et puis il y a les autres. Ceux qui, quoiqu’il arrive, parviendront à tirer quelque chose d’un événement qui ne s’est pas déroulé comme prévu. Une tente de 200 m2 qui disparaît la nuit dans le désert espagnol alors que les participants doivent arriver le lendemain ? Une formation musicale indonésienne de 100 personnes qui désire qu’un podium soit construit en une après-midi pour sa représentation qui a lieu le soir même, un 1er mai ? Gérer l’imprévu fait partie du job de Frédéric, avec ses montées d’adrénaline et ses émotions en creux. « Mais au moins il y a de l’émotion. Il reste toujours quelque chose, même si c’est une leçon d’humilité ».

« Oui aux nouvelles technologies, mais attention à l’uniformisation »

En 30 ans Frédéric a vu le secteur évoluer. Terminée la débauche de paillettes. Aujourd’hui on compte, du côté du client comme des agences, coincées entre la nécessité de satisfaire les actionnaires (pour les plus grosses) et le fameux ROI du client, et leur ADN créatif. « A quelques exceptions près, le client ne veut pas prendre de risques, il n’ose plus, et les agences font donc de même. Le discours marketing l’emporte trop souvent sur l’esprit critique, et c’est dommage car le résultat c’est l’uniformité ». Alors où sont passées l’invention et l’innovation ? Dans les nouvelles technologies. Bienvenue dans l’ère de l’évènementiel 3.0 ! Des outils permettent aujourd’hui de faciliter les inscriptions à un événement, de gérer plus facilement le son, les lumières ou encore les écrans qui ont gagné en qualité. Mais Frédéric est plus dubitatif quant à l’utilisation du smartphone et des applications qui ont pris le pas sur le contact humain. « On parle beaucoup de participatif, de transparence. Aujourd’hui un événement doit être participatif. Alors on utilise des outils, des applications mobiles qui permettent par exemple d’interagir avec une personne sur scène ou sur un écran, lui poser des questions. Pour moi c’est une illusion. Si on souhaite vraiment donner la parole à quelqu’un, il suffit de lui tendre un micro et de lui répondre face à face. Et l’écran (qui porte bien son nom !) du smartphone crée une distance avec l’événement, entre les gens. »

 

Tout cela n’empêche pas Frédéric de continuer à créer, à écrire (il a déjà publié deux romans), à inventer des histoires et mettre en scène des spectacles qui vont toucher les gens. « Laisser une trace, un souvenir, une émotion et faire en sorte que chacun en reparte plus riche qu’il n’est arrivé, c’est ce que j’aime ». Et depuis peu Frédéric a une nouvelle corde à son arc, designer. « Un acteur du secteur agro-alimentaire qui souhaite unifier visuellement sa présence lors d’évènements pros. Je n’avais encore jamais fait et c’est passionnant. » Quand on vous dit que c’est un couteau suisse…