Travailler dans l’évènementiel, c’est être dans l’éphémère. En tout cas c’est ce qu’on dit. Mais lorsqu’on s’occupe de gros évènements sportifs, il faut largement anticiper les besoins des athlètes mais aussi du public ou encore de la presse. C’est ce que fait Philippe, directeur technique depuis plus de 15 ans dans le milieu évènementiel sportif. Un métier dans lequel il est tombé presque par hasard et qui remplit aujourd’hui son agenda de nombreux mois à l’avance.

 

La Coupe du Monde de foot de 98 restera pour toujours dans ma tête

Tous les Français en âge de regarder la télévision en 1998 se rappellent encore très exactement du moment où l’équipe de France de football a gagné la Coupe du Monde. Pour Philippe c’est pareil, avec un petit truc en plus. Il faisait partie de ceux qui avaient organisé l’événement pendant plusieurs mois. La finale, c’était enfin l’aboutissement du projet, le moment de relâcher la pression et de profiter de l’instant. Alors quand les Bleus ont gagné, la joie était forcément immense. Au coup de sifflet final et sur les Champs-Elysées ensuite, Philippe s’est peut-être souvenu que quelques années auparavant, rien ne le destinait à vivre ça. Car c’est dans la comptabilité et l’informatique qu’il s’est d’abord formé, sans réelle motivation. Alors une fois son diplôme en poche, il ne sait pas trop quoi faire. C’est son grand frère, patron de l’agence Volcanic, qui le fait rentrer, histoire de lui donner sa chance et une première expérience professionnelle. Pendant 3 ans, Philippe va faire ce pour quoi il a été formé. Puis son frère lui propose une formation dont il peut bénéficier car il a moins de 25 ans. Après tout ça peut lui plaire, et l’agence a toujours besoin de nouvelles compétences. Ça sera l’infographie.

Dès 1995 et pendant 2 ans, Philippe s’occupe donc de créer et de diffuser des diapos pendant les séminaires d’entreprises, les conventions, les séances de team building ou d’incentive. Mais la vie parisienne ne lui convient pas « ni financièrement ni humainement » et à 26 ans il revient dans sa ville natale, Lyon. Puis un job en interim lui ouvre les portes de l’événementiel sportif et plus précisément de la future Coupe du Monde de football 1998. « Je n’avais pas d’appétence particulière pour le sport, c’est le hasard ». Il est embauché comme dessinateur CAO et apprend le logiciel sur place. Le projet s’étale sur environ 6 mois, avec une fin que tout le monde connaît.

Mon véritable apprentissage s’est terminé à l’EURO 2016

La Coupe du Monde, comme beaucoup d’évènements importants, est l’occasion de rencontrer de nouveaux contacts, de se faire repérer. C’est ce qui arrive à Philippe qui ouvre un bureau d’études et de gestion de chantiers au sein d’une grande agence évènementielle. La plupart du temps Philippe dessine des tribunes pour les évènements. Mais l’agence l’envoie également en repérage sur site, y compris lorsque c’est à l’étranger. Il passe par exemple 4 mois en Australie. « Une super expérience quand on est jeune ». Mais au bout d’un an et demi, Philippe préfère quitter l’agence pour monter la sienne en 2000 dans sa ville natale. Pendant 7 ans il conçoit et installe des patinoires, des marchés de Noël. Il crée également une course, La Lyonnaise, une course 100% féminine. Volcanic, avec qui il travaille en free de temps en temps côté régie technique et installation des fournisseurs, l’aide à démarcher et à trouver des partenaires pour sa course qui remporte un vrai succès chaque année.

Et puis l’agence qu’il a quitté en 2000 « en très bons termes » continue à le solliciter comme presta. « Ils m’ont apporté beaucoup de clients et de beaux projets, comme l’arrivée du Tour de France à Paris, le 14 juillet, ou encore le Festival de Cannes ». Et puis en 2007 Philippe est sollicité pour la Coupe du Monde de Rugby, son travail sur la Coupe du monde de foot en 98 ayant été repéré. Ce projet surpasse les précédents en termes de public (70 000 personnes) et de temps de préparation. « J’étais tout seul à gérer, même si je montais des équipes de prestas pour chaque évènement. Cumuler ma société, La Lyonnaise et la Coupe du Monde sur Lyon n’était pas possible. J’ai donc arrêté et la course, et ma société pour me consacrer au rugby. C’est un milieu qui me convient bien, avec des gens qui s’éclatent ». Comme en 98, Philippe travaille un an sur le projet. « L’évènementiel sportif est un petit milieu. Quand on fait ses preuves ce sont les gens qui vous sollicitent ».

Coupe du Monde de ski en 2009 en Val d’Isère, Jeux Équestres Mondiaux, Coupe du Monde de biathlon dès 2011…Les gros évènements s’enchainent. Philippe étudie la faisabilité des évènements, est responsable des aménagements et des installations temporaires, s’occupe de la mise en place…Il commence à bien connaître le milieu des comités sportifs. En septembre 2013, Philippe passe un entretien pour l’EURO 2016 qui a lieu dans 3 ans, sans trop y croire. Mais il réussit et est nommé Directeur Technique, charge à lui de s’occuper de l’aménagement des 10 stades. « Je m’occupais de l’aspect technique des infrastructures temporaires. J’étais aussi en relation avec les autorités locales, la Préfecture…Les moyens étaient énormes. 30 millions d’euros. Mais je gérais de la même façon que si c’était un petit budget. ». La différence par rapport à ses projets précédents, c’est le cahier des charges très strict. « On doit suivre une ligne droite qui a été écrite longtemps à l’avance, impossible de s’en écarter. Il y a des gens qui ont passé 2, 3 ou 4 ans avant à dessiner les stades, à imaginer et construire les villages qui accueillent le public. Il faut ensuite 6 mois pour les appels d’offres, et 1 an pour les plans. On ne peut rien changer. Tout est très cadré et réglementé.  On doit juste faire en sorte que tout fonctionne bien ». Et la météo dans tout ça ? « Dès la conception on met en place plusieurs scénarios, en général 3, qui doivent être immédiatement fonctionnels. C’est aussi ce qui explique le budget mais perso je n’ai pas gagné d’argent. De toute façon c’est la passion qui me fait avancer, pas l’argent ».

J’aime savoir où je dois aller, suivre une ligne

Depuis 2016 – et jusqu’à la fin de cette année, le planning de Philippe est déjà complet. Avoir une visibilité d’un an dans l’évènementiel est assez rare. Mais Philippe a fait ses preuves sur tous les terrains et c’est pour cela que les comités d’organisation de fédérations sportives ou d’autres, comme la ville de Rouen pour l’ Armada, font régulièrement appel à lui. Il aime les cadres. « Mon job n’est pas d’être un créatif. Et je n’éprouve aucune frustration de ce côté-là. Par contre je dois être réactif au moindre imprévu. Mais dans les gros évènements on a une petite marge d’erreur car cela ne sera pas forcément visible par le public. Ça n’est pas le cas quand on travaille sur une convention ou un séminaire privé comme chez Volcanic. En travaillant là-bas j’ai appris la rigueur et ça me sert tous les jours ». D’ailleurs quand il en a l’occasion – ce qui est assez rare – Philippe quitte les terrains de sport et retourne à ses premières amours chez Volcanic, pour organiser avec son frère un salon, ou une convention. Une petite respiration, un changement d’habitudes. Il en profite également pour découvrir d’autres prestataires. « Dans mon milieu les entreprises en mesure de répondre à de gros appels d’offres sont peu nombreuses alors je les connais toutes. Pour les évènements plus petits on challenger les entreprises. On fait de belles découvertes et on s’amuse, en famille ».

En 2013 Philippe a décidé de s’installer à Aix-en-Provence pour profiter d’un cadre de vie agréable, et de sa famille. Être à 200% c’est bien, mais pas tout le temps. Pendant l’EURO 2016, il a perdu 5 kilos. « On dormait quand et où on pouvait. Mais c’était génial ». Alors aujourd’hui il travaille majoritairement de chez lui. « Je suis plus efficace que dans un open space ». Il restreint ses déplacements aux indispensables réunions et recrute ensuite des responsables techniques pour gérer les sites. « J’ai une certaine expertise opérationnelle et technique qui peut me permettre de me mettre en retrait pour encore mieux anticiper un événement. Il suffit ensuite de recruter les bonnes équipes et de bien s’entourer ».

 

Travailler seul, et en province, ne pose aucun problème à Philippe. Ce qui lui manque, c’est du temps pour pouvoir répondre à d’autres projets. « Avoir un planning rempli plusieurs mois à l’avance est un vrai confort, j’en suis conscient. Mais cela vous empêche également de pouvoir participer à d’autres projets, au niveau international notamment car ils prennent encore plus de temps ». Alors Philippe a décidé de créer une nouvelle structure, avec d’autres experts aux compétences complémentaires afin de proposer leurs services aux plus grandes organisations sportives internationales. « A l’approche de la cinquantaine je pense pouvoir être consultant ». Comme quoi, participer à de gros évènements n’empêche pas de rester humble.

 

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