Portrait de Philippe, animateur de personnages virtuels dans l'évènementiel (salons, conventions...)

Cela fait maintenant 3 ans que Philippe a quitté l’évènementiel. Mais ce qu’il a vécu pendant 27 ans, lorsqu’il animait des personnages virtuels sur des salons ou lors de conventions pour les entreprises, est encore bien présent. Il en parle avec un large sourire et des étoiles dans les yeux. Invisible aux yeux du public ou des participants, caché dans un placard ou derrière un rideau, il a néanmoins toujours réussi à tisser des liens avec le public, même par marionnette interposée. Volcanic a choisi de le faire sortir de l’ombre pour qu’il raconte son histoire, sans marionnette.

 

« J’ai eu un coup de foudre pour une marionnette »

Entre les études et Philippe, ça n’a jamais vraiment collé. Sans grande conviction, il s’engage dans des études commerciales. Une fois son BEP Techniques Commerciales en poche, il enchaine les petits boulots. Puis en 1988, sur un Salon de l’Étudiant, Philippe tombe sur une animation, une marionnette – animée et filmée en coulisse puis projetée dans un écran de télévision sur le stand – capable d’interagir en temps réel avec chaque personne qui passe. « J’ai discuté avec ce personnage et j’ai trouvé ça génial. Je me suis immédiatement dit que c’était ça que je voulais faire. A l’école j’ai toujours été celui qui faisait rire la classe alors c’était parfait ». Philippe attend ensuite sur le stand afin de pouvoir rencontrer et discuter avec les personnes qui animent cette marionnette, et finit par intégrer l’entreprise. « Animer une marionnette demande un peu de travail alors je me suis formé. Et comme j’étais bassiste, j’avais déjà une certaine dextérité et indépendance des membres et des doigts, ce qui m’a aidé. Très rapidement c’est devenu une seconde nature, et j’ai vite oublié la manipulation au profit du jeu. »

Cette première technique d’animation de personnage virtuel s’appelait « Aniforms » (en fait un jeu de mots avec any forms) faisait l’objet d’un brevet, propriété d’une entreprise américaine (la Com’Art).  « On payait des royalties pour pouvoir l’utiliser. Et lorsque le brevet est tombé dans le domaine public, en 1992, j’ai décidé de me lancer en solo. La technique était assez simple. La marionnette était posée à plat sur une table à plateau noir. Elle était elle aussi noire, mais avec des contours blancs. Tout ce qui devait être mobile était blanc. On la filmait avec une caméra fixée sur un banc titre, mais en inversant les polarités (effet négatif). A l’écran on avait alors un personnage animé aux contours noirs sur fond blanc, sur lequel j’appliquais ma voix. Ça pouvait faire un peu bricolage, surtout quand j’arrivais chez un client avec tout mon matériel. Mais quand on ne regardait que l’écran c’était bluffant, l’interaction était vraiment là et je disparaissais derrière le personnage, quel qu’il soit. »

En 1998, les premiers personnages informatiques font leur apparition et l’activité de Philippe s’essouffle. C’est le moment de se renouveler. Il entend alors parler d’une entreprise, « Des/ clics », qui deviendra un peu plus tard « La Boite à Malices » et dont c’est le cœur de métier. Comme pour son premier emploi, Philippe décide de rencontrer les créateurs. « Je leur ai dit : vous avez un bel outil, et moi dix ans d’expérience dans cet exercice particulier. Il faut être capable de faire rire, ou de rester sérieux, tout en restant invisible. Il ne faut pas avoir d’égo, ce qui n’est pas le cas des comédiens dont le métier est au contraire d’être visible. Je les ai convaincus et j’ai commencé à animer Footix, la mascotte de la Coupe du monde de 98. Je n’avais pas beaucoup de doutes sur mes capacités et ça a marché. Petit à petit je suis devenu l’animateur vedette de la société. Et lorsqu’elle a grandi, j’ai pris des parts. »

 

« J’étais le clown dans le placard »

Contrairement aux idées reçues, le travail de Philippe n’est pas improvisé, bien au contraire. Les scénarios sont écrits et répétés à l’avance. « J’avais deux activités principales : créer du trafic sur un stand lors de salons, comme le Salon de l’Agriculture, ou bien animer des séminaires ou des conventions. Dans le premier cas, je dois me démarquer du stand voisin, faire rire, briser la glace. En amont j’étais donc brieffé sur les produits, comme un commercial. Mais je devais ajouter un contenu ludique, tout en restant pédagogique. Je créais aussi des personnages et des décors sur-mesure, qui représentaient la marque, et qui discutaient ensuite avec les visiteurs. Dans le second cas, le personnage pouvait co-présenter un séminaire, avec un directeur marketing ou commercial. Suivant la problématique, je reformulais ou vulgarisais certains passages difficiles. Je pouvais aussi parfois me mettre à la place du public, en faisant des relances, ou en posant des questions comme l’aurait fait une nouvelle recrue par exemple, quel que soit le secteur d’activité. Pour ça je devais connaître à l’avance le PowerPoint qui allait être utilisé, écrire mon scénario avant en connaissant le déroulé de l’évènement, puis le tester et le retoucher si besoin. Le timing devait être parfait. Mais toute cette préparation devait rester invisible, comme moi ».

Les conditions de travail de Philippe ne sont pas faciles, surtout lorsqu’il travaille sur un salon. Enfermé dans un placard, à l’abri des regards, il doit rester en alerte en permanence via la vidéo pour interpeller les visiteurs, ou répondre à leur question. « Il faut faire avec le bruit ambiant, notamment sur des gros salons comme le Salon de l’Agriculture que je faisais chaque année pour une grosse entreprise d’agro-alimentaire. Il n’y a pas de pause possible, rester assis dans un espace réduit et concentré pour interpeller ou répondre à chaque personne qui passe, adulte comme enfant. On peut parfois tomber sur des provocateurs et il est préférable de les ignorer. On porte le casque sur les oreilles en permanence, on parle 8 heures par jour alors après 27 années, j’ai un peu perdu d’audition dans les fréquences aiguës. Mais je ne regrette aucun de ces moments car il y avait toujours de l’échange avec le public, des contacts humains. Même par écran interposé on peut créer du lien ».

 

« Dans mon travail je jouais sur la fibre enfantine qu’on laisse de côté »

Apporter de la joie, rire, est une seconde nature chez Philippe. Sa devise : « Le rire c’est comme les essuie-glaces, ça n’arrête pas la pluie mais ça permet d’avancer ». En convention comme sur un stand, Philippe, via ses personnages, apporte toujours une dimension ludique. A l’exception de rares réfractaires, la majorité des gens sont parfaitement à l’aise à discuter avec un personnage virtuel. Et il arrive parfois qu’en discutant avec eux, certains lâchent prise. « Une année j’ai travaillé pour le compte de l’organisateur du Comptoir Suisse, à Lausanne, l’équivalent suisse de la Foire de Paris. J’avais créé un personnage en forme de pivoine car le thème cette année-là était les fleurs. Il devait guider les gens, les orienter…Je vois 2 dames, d’un certain âge. On discute du temps, d’un tas de choses et puis subitement, l’une d’elles se met à pleurer. Je me suis demandé ce qui se passait, si j’avais dit quelque chose de blessant. Elle m’a répondu qu’elle avait perdu son mari 15 jours avant, et qu’en discutant avec moi j’avais réussi, l’espace d’un instant à lui faire oublier sa douleur et à la faire rire. J’ai alors réalisé le pouvoir de cette technique, du personnage virtuel, et l’impact qu’il pouvait avoir sur le plan émotionnel ».

Encore aujourd’hui Philippe a la voix qui tremble quand il évoque cette histoire qui n’aurait sans doute jamais pu se produire s’ils avaient été réellement face à face. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est son anonymat, derrière ses personnages, qui lui permettait d’être proche des gens. « J’ai pu discuter avec un tas de gens, connus ou pas. Je tutoyais des célébrités ou des hommes politiques que je voyais régulièrement sur des salons alors que je ne les ai jamais rencontrés en vrai ». Conscient que pour que la magie opère il devait rester dans l’ombre, Philippe a toujours farouchement préservé son anonymat. Et ça n’a pas toujours été simple. « Je travaillais pour un laboratoire pharmaceutique. Une semaine de séminaire à Vienne, et donc une semaine avec tous les participants. Pour rester discret, je m’inventais un emploi fictif. La semaine passe, et au fur et à mesure l’ambiance devenait carrément dingue. Au fur et à mesure les gens se demandaient qui était derrière la créature virtuelle qu’ils voyaient tous les jours. Le dernier jour, comme l’événement avait très bien fonctionné, le Président me dit qu’il doit faire une dernière présentation et souhaite que je vienne sur scène avec lui. Je refuse, en lui expliquant que la magie disparaitra si les gens me voient, mais il n’écoute pas. A la fin de son discours il s’adresse au personnage : « Dis à ton papa de venir sur scène », et je dis non. Ça a été un grand moment de solitude pour lui, et les gens m’ont sifflé. Normal, ils étaient déçus. Mais je savais que voir mon visage aurait desservi l’événement et le souvenir qu’ils en auraient. Et j’avais raison. 3 ou 4 ans plus tard j’ai revu un cadre du labo qui m’a dit que j’avais bien fait, à l’époque, de refuser de monter sur scène car tout le monde en parlait encore en se demandant qui pouvait être derrière ce personnage. En fait l’impact de l’événement durait dans le temps, et c’est ce que je voulais ».

 

Il y a 3 ans, Philippe a décidé de changer de voie. Son entreprise connaissait quelques difficultés, et il commençait à fatiguer physiquement. « J’ai eu le choix de vendre mes parts et que l’entreprise quitte ses locaux pour la sauver. C’est ce que j’ai fait, et au bout de quelques mois l’entreprise est repartie et j’en suis ravi. Ça m’a aussi rendu service. Animer en direct est très stressant et éprouvant physiquement. A 58 ans j’étais fatigué alors je suis passé à autre chose ». Aujourd’hui Philippe s’occupe, entre autres, de l’accueil des VIP pour une Web TV. « Je me suis caché pendant longtemps. Maintenant je peux parler directement avec les gens ». Quand on aime le contact humain, on ne se refait pas.

 

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