Portrait de Frédéric, un facilitateur graphique avec de grandes oreilles

Facilitateur graphique, ça vous parle ? Il y a encore 3 ans, cela ne disait rien non plus à Frédéric. Il lui aura fallu près de 20 ans pour écouter sa petite voix intérieure et passer de l’ingénierie système à la facilitation graphique. Un parcours hors norme, jalonné d’hésitations mais surtout de rencontres, de découvertes (sur lui-même et les autres) et d’échanges qui constituent également le cœur de métier de Frédéric aujourd’hui. Car un facilitateur graphique c’est avant tout quelqu’un qui écoute avant de dessiner. Un métier (et un homme) atypique(s), un peu en marge des professionnels de l’event, que Volcanic souhaite vous faire découvrir.

« Je n’ai pas choisi mon métier »

Frédéric est ce qu’on appelle « une tête bien pleine ». Son parcours scolaire est un sans-fautes. Après un bac C, il intègre Maths Sup puis Maths Spé et enfin Supélec qui forme la crème des ingénieurs. Une fois son diplôme en poche, il est recruté sans aucune difficulté dans un grand groupe technologique spécialisé dans l’aéronautique et la Défense. Pendant 17 ans il va concevoir des algorithmes, faire de l’analyse système…Bref, de la techno pure et dure au service de l’armée. Mais quelque chose lui manque. « Je pense que dès le premier jour je me suis dit que ma place n’était pas là. Il fallait que je trouve un équilibre avec quelque chose de plus artistique ». Alors en parallèle de son travail, Frédéric suit le Cours Florent le soir. 3 fois par semaine, il quitte son travail plus tôt et se change dans sa voiture pour ne pas arriver en cours en costume cravate. « J’avais l’impression de mener une double vie ». Il teste aussi le métier de fleuriste, en donnant un coup de main à un ami de temps en temps. « Je testais in situ, les avantages et les inconvénients.  Ça me permettait d’éviter de fantasmer sur un métier, de rationnaliser et au final de me rendre compte que j’aimais produire du concret. Je voulais être créatif et donc bouger mais pas n’importe comment ». Frédéric ne sera pas fleuriste.

Comme lors de sa scolarité sans raté, Frédéric obtient son Brevet de fin d’études du Cours Florent. Il a 33 ans. Mais quitter un job sécurisé et bien rémunéré pour la vie d’acteur n’est pas facile. « Je pensais aux difficultés financières, aux castings où on n’est pas sûr d’être pris. Quand on est habitué à ne jamais rien rater, à la perfection, c’est très difficile à accepter. J’aime être bon dans ce que je fais. Je n’étais pas prêt à changer brutalement alors j’ai fait des petits virages ».

Frédéric quitte alors le domaine militaire pour le civil, puis il devient consultant en architecture de systèmes complexes dans un gros cabinet de conseil industriel. Une fois formé, on le laisse rapidement se débrouiller tout seul. Et pour la première fois, Frédéric échoue, sa période d’essai de 7 mois n’est pas validée. Motif : « N’a pas assez la posture du consultant ». Pour celui qui n’a jamais raté, c’est une vraie claque. « Je ne me sentais pas encore légitime dans mon travail. J’étais inhibé.»

« J’ai accueilli la facilitation graphique avec enthousiasme, comme un enfant »

Quand la sécurité et la perfection sont le but ultime de sa vie pendant 20 ans, pas facile de se relever en cas d’échec. Pour Frédéric c’était à la fois très angoissant, mais aussi très libérateur. « J’aurai pu retourner dans ce que je savais faire. C’était confortable. Mais j’ai choisi de réfléchir, de prendre du temps. Je ne voulais pas oublier ce que j’avais fait pendant toutes ses années mais le transformer ». C’est alors qu’il découvre que son ancienne école propose des groupes de travail et des ateliers de gestion de carrières grâce à la méthode « Avarap ». « Nous étions par groupe de 15 personnes. Ça a duré plusieurs mois pendant lesquels nous réfléchissions à de nouveaux projets professionnels, avec un parrain qui vous guide au début. Quand vous avez 14 ou 15 « miroirs » en face de vous, impossible de mentir. Et pour la première fois j’ai pu dire que je ne savais pas où aller ».

Un jour, un membre du groupe lui conseille d’aller voir un facilitateur graphique du collectif Codesign-it qui organisait une formation de 2 jours. Avant de s’y rendre « pour voir », Frédéric avait déjà modélisé son futur job dans sa tête, grâce aux nombreux échanges d’idées avec les participants Et quand Frédéric assiste à la formation, c’est la révélation. Ce job coche toutes ses cases.

Après la formation il reprend le dessin. « J’ai toujours aimé le dessin et on me disait que j’avais un bon coup de crayon. Mais à l’époque je ne l’entendais pas. ». Perfectionniste dans l’âme, il lit de nombreux ouvrages et début 2016, décide de se lancer. « Je me souviens très bien de ma première mission. Lors de ma formation une consultante était présente. Elle a vu mon travail et m’a demandé de l’accompagner sur une présentation qu’elle devait faire à des étudiants de Sciences Po. Avec le recul je pense qu’elle fait partie de ces personnes qu’on qualifie d’ange gardien, capable de voir le potentiel des gens et de leur donner le coup de pouce qu’il faut au bon moment. J’étais pétrifié, mais j’ai dit oui. Je me suis énormément préparé, comme un comédien. Et dès que j’ai commencé à dessiner, le trac s’est évanouit. J’étais confiant, et enfin à ma place ».

« On a tendance à compliquer les choses, je suis là pour les simplifier »

Cela fait plus de 3 ans maintenant que Frédéric vit de son nouveau travail de facilitateur graphique. « Dès le début j’ai toujours expliqué ce que je faisais avec passion. Les gens ont vu ce que je faisais. J’ai continué à me former régulièrement  à la facilitation graphique avec Kelvy Bird, mondialement reconnue dans notre métier. Je me forme aussi aux différents domaines de la facilitation avec le Diplôme Universitaire en partenariat avec Codesign-it. J’ai rejoint le collectif fin 2018 en tant que membre . Et c’est quelque part une reconnaissance de l’expertise que j’ai acquise dans ce métier ».

Mais quelles-sont ses missions exactement ? Frédéric se définit lui-même comme un accoucheur d’idées. « C’est un travail de visualisation au service des interactions. Lors de plénières, ou de travaux par groupes, je retranscris les échanges en grand format, via des dessins et des mots, Le support visuel permet de faire le lien entre les intervenants. Ça apporte de la vie, le support laisse une trace et les participants peuvent continuer à discuter ensuite ».

Le travail de Frédéric nécessite beaucoup de concentration mais aussi de préparation. « Mon travail est différent suivant les attentes du client. En amont le client m’explique le contexte, par téléphone. J’évite de demander trop d’infos sur le contenu des échanges, afin de ne pas être influencé ensuite. Ce qui est primordial c’est le pourquoi d’un événement, de comprendre ses enjeux, de savoir pourquoi les gens sont là. Cela me permet de savoir comment je vais les aider ».

Mais le travail de Frédéric dépasse le simple cadre de l’illustration. « J’ai travaillé une fois pour un client, une entreprise très technologique. Les informations qu’ils devaient transmettre étaient donc très techniques, et au final peu claires. J’ai essayé avec un dessin, et ça a tout de suite fonctionné. J’ai enlevé le superflu pour aller à l’essentiel. C’est pareil lorsque je travaille avec des groupes. Les échanges et les idées sont nombreuses et ça peut vite être confus. Un visuel est plus simple, l’impact est immédiat. On ne peut pas se cacher derrière des mots compliqués. Mon travail est d’abord de saisir ce qui émerge dans ce qui se dit, d’être capable de capter ce qui circule, au-delà des idées d’un seul individu. Et de trouver presque instantanément l’image adéquate, celle qui correspondra également parfaitement à l’objectif défini, qui fera avancer les choses pour les participants. Je travaille avec eux, et pour eux. Quand ils me disent à la fin que tout est plus clair, c’est que j’ai été utile. Et même après, on continue à discuter du dessin. L’impact n’est pas uniquement immédiat ».

L’écoute, la vraie, est au cœur du travail de Frédéric. « C’est quelque chose qu’il faut travailler sans cesse car il existe plusieurs niveaux d’écoute. Et souvent on n’en perçoit qu’un seul. Être véritablement présent et attentif aux autres, à ce qui se passe autour de soi, c’est là où est la valeur et c’est dans ce sens que je cherche sans cesse à m’améliorer ».

Perfectionniste un jour…. Ce qui est sûr, c’est qu’il a trouvé sa voie. Plus qu’un travail, c’est avant tout une expérience qu’il vit pleinement, conscient de ce qu’il est réellement et de ce qu’il peut apporter aux autres grâce, en partie, à son parcours personnel. Aujourd’hui Frédéric peut enchainer 3 à 4 missions différentes par semaine, chez autant de clients différents. Et la demande augmente. Il n’est pas le seul facilitateur graphique sur le marché mais reste confiant. « On est plus dans la coopération que dans la compétition. J’ai même déjà travaillé en binôme, à quatre mains. Mon métier va sans doute évoluer, on sera peut-être encore plus nombreux alors si je dois faire autre chose, on verra. Pour l’instant ça n’est que du positif ».

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