Nous sommes à Paris, rue Saint-Honoré, la rue des marchands-drapiers depuis bien longtemps, pensez au père de Molière y tenant son échoppe. Quand Versailles devient la nouvelle résidence royale, les marchands-drapiers suivent leurs clientèles aisées en réalisant leur conquête de l’ouest parisien. On les trouve ainsi : rue du faubourg Saint-Honoré.

C’est le cas de Rose Bertin. Nous sommes en 1770, elle a 23 ans et elle ouvre son propre magasin de modes à l’enseigne « Le Grand Mogol « . Elle a le sens des affaires et sa créativité lui permet de développer son activité avec une trentaine d’employés en fournissant la plupart des grandes maisons du noble faubourg.

Rose Bertin est présentée à la jeune reine Marie-Antoinette qui lui donne ses faveurs et trouve en elle sa « ministre des modes ». Voilà une situation nouvelle : Rose Bertin est une jeune chef d’entreprise et elle doit sa réussite uniquement à son talent. Elle annonce avec beaucoup d’avance Madeleine Vionnet, Jeanne Lanvin, Coco Chanel et aussi les couturiers comme Paul Poiret et Charles-Frédéric Worth.

Worth est un génie de création, il arrive d’Angleterre à l’âge de 20 ans, engagé dans une maison de tissus parisienne, il en devient le premier vendeur de châles et de vêtements. Très vite, il y ouvre un atelier de couture et ses modèles sont exposés aux expositions universelles de Londres et Paris. Les prix qu’il reçoit contribuent à sa réputation et il fonde sa propre maison de couture dans la foulée.

Il y a un « avant » et un « après » Worth : jusqu’alors le couturier est un artisan, il répond aux commandes de ses clients. Et Worth est un artiste, c’est lui qui décide de ses modèles, il crée ses propres collections ouvrant les saisons de la mode, printemps-été et automne-hiver.

En 1858, il installe sa maison de couture rue de la Paix, il a 33 ans. Nous sommes sous le Second Empire et Napoléon III veut faire de Paris la vitrine de l’Europe. L’impératrice Eugénie le sollicite   régulièrement et Worth devient le couturier favori de la Cour en proposant des robes somptueuses. Afin de présenter ses nouvelles collections, il invente le mannequin vivant qu’il appelle le sosie, il crée l’événement en organisant les premiers défilés de mode dans les salons de la rue de la Paix.

Worth invente le métier de créateur de mode, véritable maître d’œuvre de la confection, il réunit tous les talents des métiers du textile et du vêtement autour de lui, mais aussi les artisans pour les chaussures, les sacs et les chapeaux.

L’impératrice Eugénie, la princesse Metternich, la comtesse Greffulhe participent à faire valoir ses nouvelles créations, comme Sissi peinte par Winterhalter en 1865 portant une robe Worth. Les magazines de mode sont dépassés lorsque le couturier innove dans l’art de la communication, ses défilés de mode et ses égéries représentent sa maison de couture, sa maison de Haute-Couture, et son créateur.

Si Rose Bertin est la première créatrice de modes reconnu pour ses talents, Worth est le fondateur du concept moderne de l’événement en Haute-Couture qui traversa tout le 20ème siècle jusqu’à nos jours.

Chaque saison, la Semaine de la Mode appelée « Fashion Week » est organisée à Paris depuis 1973. Également, trois autres villes rejoignent Paris, chacune d’elle présentant sa Semaine de la Mode dans un ordre bien précis : Londres ouvre le bal, puis suivent Milan et New-York et enfin Paris clôture en bouquet final. La Semaine de la Mode parisienne reste l’événement le plus important des « Quatre Grandes Cités  » ou des « Big Four ». Paris est reconnu comme la capitale des idées nouvelles, elle rassemble le plus grand nombre de Maisons de couture réunies pour l’occasion : une centaine de créateurs, et aussi, 2000 acheteurs et 1700 journalistes consacrent cet événement incontournable. On assiste à un festival d’une centaine de défilés en commençant par ceux des « jeunes créateurs » , vrai moment de révélation des nouveaux talents puis suivent les monstres sacrés des Maisons françaises et enfin les maisons étrangères.

Tous ces défilés sont accueillis dans des lieux d’exception au Grand Palais, dans la Cour Carrée du Louvre, au Palais de Tokyo ou dans la salle hypostyle du Palais d’Iéna.

La Fédération Française de la Couture, du prêt-à-porter, des couturiers et des créateurs de mode organise les Semaines de la Mode du prêt-à-porter féminin, de la mode homme et de la Haute-Couture dont l’appellation est exclusive à la France sous la tutelle du ministère de l’Industrie.