Cinéma et tapis rouge. Ces trois mots suffisent à eux-seuls pour définir le Festival de Cannes. Alors que la 70ème édition a débuté le 17 mai, petit retour en arrière sur le celui qui est devenu le plus célèbre des festivals de cinéma au monde.

 

Le cinéma comme acte de résistance

Avant la Seconde Guerre Mondiale, LE festival mondial de cinéma est la Mostra de Venise. Crée en 1936, c’est le premier concours international réservé au Septième Art. En 1937 le réalisateur français Jean Renoir le remporte avec « La Grande Illusion ». Mais l’Europe voit déjà s’étendre sur de nombreux pays l’ombre du fascisme. Dès 1938, Hitler, via son homologue italien Mussolini, oblige le jury à modifier l’attribution des récompenses. « Les Dieux du stade », documentaire de propagande nazie, reçoit alors la plus haute distinction, la Coupe Mussolini, talonné de près par un film italien.

Les représentants des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France quittent précipitamment le festival, profondément choqués par ces évènements.

Philippe Erlanger, représentant de la France à la Mostra, envisage alors de créer un autre festival de cinéma, synonyme cette fois de liberté d’expression. De retour en France, il obtient l’approbation de Jean Zay, ministre de l’Education Nationale, et d’Alain Sarraut, ministre de l’intérieur. Mais tout le gouvernement n’est pas aussi enthousiaste par crainte des conséquences. Il faudra attendre le printemps 1939 pour que tout le monde s’accorde. A cette même période à Venise, Goebbels, ministre de la Propagande allemand, reçoit un accueil triomphal, signifiant par là que la prochaine édition de la Mostra sera à nouveau placée sous le signe de la croix gammée.

Les Français décident alors d’accélérer la création du Festival dont l’ouverture est désormais prévue le 1er septembre 1939. Mais où ? Entre Cannes et Biarritz la compétition est rude. Comme pour les JO, un comité va étudier les 2 candidatures. Si Biarritz est d’abord retenue en proposant le versement d’une subvention à l’organisation, Cannes n’a pas dit son dernier mot. Elle se propose, en plus d’augmenter sa participation financière, de mettre à disposition de l’organisation tous ses équipements touristiques. Biarritz ne pouvant suivre, c’est donc Cannes qui est choisie. Le contrat entre la ville et l’Etat est finalement signé le 31 mai 1939.

Dès la fin aout tout est prêt. Couturiers célèbres, bijoutiers, palaces, yachts et haute bourgeoisie attendent le festival avec impatience. Mais le 23 août le pacte germano-soviétique est signé, et de nombreux réservistes commencent à être rappelé. L’Allemagne envahit la Pologne le 1er septembre. L’heure est à la guerre et pas à la fête. Le festival est annulé.

Il faudra attendre septembre 1946 pour voir le Festival de Cannes renaître. Un an plus tard le premier palais des Festivals est inauguré.

Le Festival de Cannes n’en finit pas de grandir

Cette année encore ils seront des dizaines d’heureux élus à gravir les 24 marches du palais du Festival, et des centaines, photographes et chasseurs d’autographes, à les admirer. Stars du cinéma mondial, réalisateurs, mannequins de marques célèbres…Cannes est plus que jamais une usine à rêves où se mêlent culture et bling-bling.

Au seul prix du meilleur film attribué en 1946 se sont ajoutés de nombreux autres récompensant les acteurs, le metteur en scène ou encore le scénario. On y trouve également des films hors-compétition, une section « Un certain regard », la Palme d’Or du court-métrage ainsi que de nombreux autres prix attribués pendant la semaine de la critique.

Depuis sa création le Festival de Cannes n’a été annulé qu’à deux reprises : entre 1948-1950 pour cause de reconstruction d’après-guerre, en 1968 lorsque la scène du Palais des Festivals se transforme en tribune politique pour soutenir la révolte étudiante.

 

 

Cette année, la municipalité a décidé de faire renaître les starlettes et le concours de Miss Festival. Et pour respecter la parité, il y aura également un Mister…Mais il ne faudrait pas oublier les 49 longs-métrages (sur 1930 proposés) provenant de 29 pays différents sélectionnés cette année. Une diversité représentative de l’esprit d’ouverture de Cannes même si parfois les décisions du jury peuvent susciter la polémique ou ne pas rencontrer le public. Polémiques, controverses, coups d’éclat et coups de gueule même en robe de bal, c’est aussi ça le Festival de Cannes.