À l’heure où la photographie numérique permet de prendre des centaines de clichés sans jamais les développer, le Polaroid, appareil photo instantané, fait figure d’ovni. Pourtant, depuis quelques temps, il fait un retour remarqué. Compagnon des artistes et des familles dans les années 70 et 80, le Polaroid a bien failli disparaître. Merci aux amoureux de la nostalgie de l’avoir empêché.

Polaroid, la magie du développement instantané

Le « clic » en appuyant sur le déclencheur, le « bzzzzz » lorsque la photo sort, puis l’attente d’environ 60 secondes pour que celle-ci se développe sous nos yeux… C’est toute la magie du Polaroid. Un appareil photo simple à charger qui permet, une fois la photo prise, qu’elle se développe immédiatement et en plein jour sans passer par de nombreuses opérations obscures chez un photographe.

S’il a fallut plusieurs années à son inventeur, Edwin Land, pour que son projet arrive à maturité, l’invention du système de développement est aujourd’hui encore saluée comme une révolution. Et les nombreux appareils qui suivirent, dont le fameux SX 70, élevées au rang d’icônes du design.

Polaroid, une invention géniale

Polaroid_OneStepLe Polaroid, ou « Pola » pour les intimes, est né un soir de Noël 1942. Edwind H.Land passe Noël en famille lorsque sa fille de 3 ans lui demande si elle peut voir les photos qu’il vient de prendre. Ce scientifique, qui travaille depuis 1937 sur la polarisation et différentes inventions au sein de Polaroid Corporation, la prend au mot et réalise son souhait. La première démonstration d’un appareil photo instantané se déroule en 1947 et il faut attendre 1948 pour que le 1er modèle, le Polaroid 95, soit commercialisé. En 1963, le procédé est adapté à la couleur grâce au film « Polacolor ». Mais les appareils restent encore lourds et encombrants.

La vraie révolution arrive en 1972 avec la naissance de la ligne SX 70. Ces nouveaux appareils pliables se glissent facilement dans un sac. Avec un déclenchement immédiat et une photo qui se développe en moins d’une minute, le succès ne se fait pas attendre. Qui n’a pas dans ses albums de famille une photo Polaroid ?

Jusqu’en 1982, date à laquelle Land quitte la Polaroid Corporation, le scientifique continue d’améliorer ses films et de nombreux autres appareils voient le jour dont le fameux 1000 ou Super Color 1000 avec sa bande transversale aux 5 couleurs, emblème de la marque.

D’Andy Warhol au père de famille, tout le monde a un Polaroid

polaroid-portraitSi le succès est immédiat, c’est que le Polaroid est presque un jouet. La cartouche de films est très simple à insérer. La prise de vue, suivant les modèles, ne nécessite aucun réglage. Il suffit ensuite d’appuyer sur le seul bouton existant pour prendre une photo qui sort de l’appareil immédiatement. En la tenant par son célèbre cadre blanc sur lequel il est possible d’écrire, on peut ensuite la secouer dans tous les sens pendant le développement. Magique, et pratique. Léger, l’appareil peut être transporté facilement.

Des voyages aux fêtes de famille en passant par les scènes de crimes ou les campagnes publicitaires, le Polaroid est sur tous les fronts. De nombreux artistes comme Andy Warhol et David Hockney, travaillent avec lui dans les années 70.

Des instants magiques qui ont failli disparaître

Dès les années 70 puis 80, Polaroid Corporation vend chaque année environ 120 millions de cartouches à travers le monde. Mais l’arrivée de la photographie numérique dès les années 2000 marque un coup d’arrêt à ce succès. En 2007, la production des appareils est arrêtée, suivie 2 ans plus tard de l’arrêt des films. Comme Kodak avant lui, Polaroid rate le virage du 21ème siècle.

polaroid-photosTout aurait pu s’arrêter là sans la ténacité et la passion de Florian Kaps, un amoureux du Pola, accompagné d’André Bosman, directeur technique d’une usine de films Polaroid aux Pays-Bas. Après avoir levé 1,2 millions de dollars, il fonde une start-up, The Impossible Project, pour relancer la production des films et reprendre l’usine. 10 anciens salariés rejoignent l’aventure, suivis bientôt par des centaines de fans nostalgiques qui relaient le projet. Deux ans plus tard, les premiers films sortent. Mais certains procédés et produits d’origine ayant disparus, le travail n’est pas simple et les films mettent du temps à atteindre la qualité des films d’antan. D’abord exclusivement vendus sur le net, les produits d’Impossible Project sont ensuite commercialisés dans des boutiques dédiées. Les tarifs d’aujourd’hui (environ 19 euros la cartouche de 10 films et plus de 300 euros pour un SX 70) ne s’adressent plus vraiment aux pères de familles mais plutôt aux initiés, artistes ou aux passionnés de photographie. Comme pour K-way, la cible a changé. Mais le succès est au rendez-vous. 35 sortes de films différents sont proposés aujourd’hui et environ 1 000 000 ont été vendus en 2014. La mode du vintage est également tombée à pic. Livres, expos, forums de passionnés… on ne compte plus les événements autour du Polaroid depuis quelques années.

Devant ce succès inattendu ainsi que celui de Fuji et de ces appareils Instax qui exploitent le filon du film instantané version numérique, Polaroid a décidé de revenir sur la scène. Des Fotobars se sont ouverts aux Etats-Unis, ainsi qu’un musée. Sans parler des réseaux sociaux ou applications photographiques qui proposent des « effets pola » sur les clichés. Le Pola a donc encore de beaux jours devant lui.

Si un Polaroid dort dans votre grenier, ressortez-le. Vous pourrez à nouveau vivre des instants magiques.