Voilà une histoire de boutiques, d’échoppes, de magasins, une histoire de grands magasins. 
Mais avant d’être grands, ils étaient petits et nous allons voir comment les petits sont devenus grands.


Tout d’abord, on parle de « magasins de nouveautés » dans lesquels on trouve des tissus, des vêtements, des dentelles, des rubans de soie, des chapeaux, des ombrelles, de la mercerie… Et voici qu’arrive de sa Normandie un jeune commis-chapelier : Aristide Boucicaut. 
Il a 24 ans.
 Il est engagé dans un magasin de nouveautés du faubourg Saint-Germain à Paris, rue du Bac, à l’enseigne « Au Petit Saint-Thomas ».
 Il a le goût du commerce comme ses patrons, ils inventent alors de nouveaux concepts tels que :

  • L’entrée libre : signifie que l’on peut entrer dans une boutique sans obligation d’achat. L’usage à l’époque obligeait d’acheter en entrant dans un magasin, autrement : on n’entrait pas!
 Je vous rassure, la sortie est libre également…
  • Les prix fixes affichés interdisent les négociations, on ne marchande plus!
  • La création d’un catalogue de vente par correspondance.
  • La livraison à domicile.
  • Les articles sont repris ou échangés
  • La vente à prix bas, en janvier, du linge de maison : le blanc
  • Les premiers soldes. Les petits bénéfices permettent de vendre plus, donc plus de gains.

 

En 1852, Aristide Boucicaut a 42 ans, et il s’associe avec ses employeurs : les frères Videau. Ils créent tous les trois une nouvelle maison de nouveautés toujours rue du Bac avec une nouvelle enseigne : Au Bon Marché. 
Quelques années plus tard, Aristide achète les parts de ses associés. Il est libre d’agrandir son magasin en créant un nouvel immeuble. En 1855, il visite le Palais de l’Industrie et découvre un hall immense avec une multitude de petites expositions. L’idée des futurs rayons de son magasin est là, lui permettant de le transformer en Grand Magasin.

Sa stratégie commerciale continue : le catalogue présente 1500 produits et il est envoyé dans le monde entier. On y voit de jolies silhouettes de femmes portant les nouvelles toilettes du magasin. Ainsi apparaît le mythe de  » La Parisienne moderne et élégante « .
 Boucicaut devient un vrai chef d’entreprise, c’est un grand patron de grand magasin !

Il organise un aménagement du temps de travail du personnel, il recrute des jeunes gens de tous nos provinces : les calicots et les midinettes. Sa force de vente : ils touchent une commission sur les ventes et un intéressement aux bénéfices.
 Il demande des statistiques quotidiennes des ventes, par produit et par rayon. Il crée une cantine d’entreprise, une assistance médicale et une caisse de retraite. 
Il ajoute le dimanche comme repos hebdomadaire.

Les résultats de l’entreprise sont en pleine croissance, le chiffre d’affaires est multiplié par 25 en vingt ans. Le Bon Marché crée un grand hôtel « Le Lutétia  » afin de recevoir la riche clientèle étrangère.
 Une nouvelle théorie apparaît à cette époque, la phrénologie. Selon celle-ci ; les bosses d’un crâne humain reflètent son caractère. Et notre Aristide a une belle bosse sur la tempe droite, il est le premier à posséder « La bosse du commerce ». 
Ainsi, le Bon Marché est le premier grand magasin parisien, modèle des grands magasins du Louvre, du BHV, de la Belle Jardinière, du Printemps créé par Jules Jaluzot, ancien vendeur de Boucicaut et de la Samaritaine fondée par Louise Jay ancien vendeuse de Boucicaut et associée à Ernest Cognacq.

Les grands magasins sont célébrés dans un roman d’Emile Zola, Au Bonheur des Dames, apportant une description superbe de la vie quotidienne mais aussi du succès de ces magasins. Zola qualifie les grands magasins de « Cathédrales de Commerce ».

Avec le Bon Marché, Aristide Boucicaut annonce la société de consommation actuelle et les commerces de grande distribution.