Ce texte est dédié à tous les puissants et tous les misérables : on cherche tous un bouc, émissaire des maux qui nous frappent.

Un mal qui répand sa terreur
Mal que les marchés en leur fureur
Inventèrent pour dynamiser les pays,
La crise, puisqu’il faut la nommer ainsi,

Capable d’impacter en une année
Un continent tout entier
Faisait la guerre aux entreprises
Les ciblant toutes de manière précise.

On n’en voyait point d’occupées
A chercher des soutiens financiers
Nulles recettes n’alimentant la croissance
Les investisseurs pleins de méfiance
Devinrent timides désormais
Face aux dossiers imparfaits
Nourris de trop faibles rentabilités.

Lors du CDE* s’exprima le financier :
«Je crois que le ciel a permis
Pour notre monde ce mépris
Que le plus coupable d’entre nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux

Peut-être il obtiendra la guérison commune
L’histoire nous apprend qu’en de tels incidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point; voyons sans indulgence
L’état de notre science.

Pour moi, satisfaisant mes appétits de pognon
J’ai dépecé des boites sans illusion
Que m‘avaient-elles fait ? Nulle offense
Il m’est même arrivé quelque fois de réaliser
Certaines actions en initié.

Je me dévouerai donc s’il le faut; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse

Sire Financier, dit le conseil, vous êtes trop bon roi
Vos scrupules font voir trop de bonne foi
Et puis, spéculer avec un virtuel pognon
Est-ce péché ? Non non.

Vous leur fîtes, Sir,
En les vendant beaucoup d’honneur
Et quant aux marchés, l’on peut dire
Que seuls les initiés savent y investir,
Etant de ces gens là qui sur la masse
Se font un empire que l’on cadenasse

Ainsi dit, économistes et flatteurs d’applaudirent
On n’osa trop approfondir
Des actionnaires aux managers
Les moins pardonnables offenses
Tout les gens querelleurs, jusqu’au simple salarié
Au dire de chacun, étaient de petits saints.

Le plombier polonais vint à son tour : j’ai souvenance
Qu’en une récente ouverture à la concurrence
L’envie, l’occasion, l’appât du gain je pense,
Et encouragé par vos lois m’y autorisant
J’inonde les marchés de prix insignifiants

J’en avais le droit, vous l’aviez voté.
A ces mots, on cria haro sur l’étranger
Et le CDE* par une rare unanimité
Trouva une cible toute désignée

En ce plombier-polak sabreur de marché
Sa peccadille fut jugée un cas pendable
Voler le travail d’autrui, quel crime abominable !
Rien que l’expulsion n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir
Selon que vous serez puissant ou misérable
Les jugements de crise vous rendront blanc ou noir

Assumez, ou vous répandrez la peste !


eric-livre

 

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