Cet été, pas le temps de souffler. Entre la Coupe du Monde de football et le Tour de France 2018, vous aurez de quoi transpirer (sauf si vous restez dans votre canapé). C’est en effet de l’île de Noirmoutier, le 7 juillet prochain, que sera donné le départ de la 105ème édition de « La grande boucle », un événement qui rassemble depuis plusieurs générations des centaines de spectateurs sur le bord des routes et derrière leur écran. Vous souhaitez connaître l’histoire du Tour et les nouveautés que vous réserve l’édition 2018 ? Suivez l’échappée de l’équipe Volcanic.

 

Tour de France, une naissance sur fond de rivalité

A la fin du 19ème siècle, la pratique cycliste se démocratise. De nombreuses courses cyclistes voient le jour, comme le Paris-Brest-Paris en 1891, organisé par le journal Le Véloce-sport. L’année suivante nait Le Vélo. Tiré à 300 000 exemplaires, il détient le monopole de la presse spécialisée dans le sport. Son rédacteur en chef, Pierre Giffard, est très engagé politiquement et ne dissimule pas son soutien à Alfred Dreyfus, ce qui ne plait pas vraiment aux industriels du secteur automobile qui financent la publicité dans son journal. Ils décident de créer en 1900 un journal concurrent, L’Auto-Vélo, qui deviendra ensuite L’Auto puis L’Équipe. A sa tête, le comte de Jules-Albert de Dion qui détient 48% des parts. Il confie alors la direction du journal à Henri Desgrange, cycliste et premier recordman de l’heure. Mais les débuts sont difficiles. Pour relancer les ventes mais aussi pour contrer son concurrent, Géo Lefèvre, journaliste, propose à son patron d’organiser une course cycliste qui ferait le tour de la France. Le 19 juillet 1903, L’Auto annonce à la une la création de « la plus grande épreuve cycliste jamais organisée ». Son départ aura lieu le 1er juillet. Le Tour de France ralliera les principales villes de France en 6 étapes pour un parcours total de 2 428 km. Sur 61 coureurs au départ, seuls 21 finiront la course. Maurice Garin est le premier vainqueur de « la grande boucle », en 94 h 33 min et 14 sec (7 h de plus que le vainqueur de l’année dernière…). Suite à cette course, L’Auto passe d’un tirage de 30 00 exemplaires/jour à 65 000, avec un record pour le jour de l’arrivée du Tour à Paris (135 000 exemplaires).

 

Le Tour de France grossit, grossit…

La première édition du Tour de France est un succès, malgré les nombreuses tricheries qui émaillent le parcours (coureurs agressés pour en favoriser d’autres, clous sur la route…). Henri Desgrange décide donc de modifier le règlement pour que la course soit mieux encadrée. Dès 1905 la course se rapproche des frontières pour mieux délimiter tout le territoire français. La première épreuve de moyenne montagne fait son apparition, suivie par les Pyrénées dès 1910. Le nombre des participants professionnels augmente, tout comme l’engouement populaire. En 1913, le classement général se fait au temps, et le Tour de France se déroule pour la 1ère fois dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.

La Première Guerre Mondiale marque l’arrêt de la course qui ne reprendra qu’en 1919. En 1926 le Tour de France s’élance pour la première fois d’une ville de Province, Évian. En 1930 apparaissent les premières équipes nationales qui remplacent les équipes de marques. Alors pour que celles-ci continuent à être visibles par le grand public et pour compenser les droits d’entrée que ne touche plus les organisateurs du Tour, on invente la désormais célèbre « Caravane publicitaire du Tour de France » (qui attire aujourd’hui encore 1 spectateur sur 2) ! Le développement des réseaux de radiodiffusion permet désormais à la France entière de suivre le Tour. Mais la Seconde Guerre Mondiale marque à nouveau un coup d’arrêt pour le Tour qui ne reprendra qu’en 1946, date à laquelle les journaux sportifs sont autorisés à reparaitre.

L’Auto ayant disparu en 1944 – son propriétaire, Jacques Goddet, ancien bras droit de Henri Desgrange et donc propriétaire du vélodrome s’étant montré trop passif à l’égard de l’occupant – c’est désormais L’Équipe, lancée en février 1948 toujours par Jacques Goddet qui prend les rênes du Tour de France. Aux côtés des équipes nationales on trouve désormais des équipes régionales, le tout dans un grand esprit de fraternisation. Les coureurs deviennent des héros.

L’arrivée de la télévision dès 1950 marque le début d’une grande histoire d’amour entre les téléspectateurs et la Tour de France. Dès 1962, les équipes de marques reviennent dans la course, à l’image d’une société de consommation en plein essor. En 1973, devant le coût du Tour, la « Société d’exploitation du Tour de France » est créée pour le gérer. Et pour être rentable, on s’éloigne de la France rurale pour promouvoir le tourisme. On fait étape dans les stations balnéaires ou de sports d’hiver, et en 1975 l’arrivée du Tour est pour la première fois organisée sur les Champs-Élysées. En plus du maillot jaune est désormais décerné le maillot à pois, pour le meilleur grimpeur, et le maillot blanc pour le meilleur jeune. Et pour encore plus élargir l’audience, le Tour de France s’ouvre aux amateurs en 1983, permettant à des coureurs étrangers de participer. Le Tour de France s’exporte alors à l’étranger via les nombreux journalistes du monde entier qui suivent la course et leurs champions.

 

Le Tour de France « chancèle » mais ne tombe pas

A l’image de beaucoup d’évènements sportifs très médiatisés, le Tour de France grossit : les droits de retransmission télé passent de 200 000 euros au début des années 80 à 16 millions d’euros à la fin des années 90 ! Le Tour de France est désormais la course cycliste de référence. Sa notoriété et sa popularité dépassent largement le cadre national. Plusieurs départs du Tour seront d’ailleurs donnés de l’étranger, notamment de Londres en 2007 – un peu comme le Dakar qui depuis longtemps n’est plus uniquement le Paris-Dakar-. Peut-être aussi parce que certaines villes françaises ont du mal à rassembler les fonds pour un tel événement…

L’année 1998 est marquée par l’affaire Festina qui entache lourdement l’image du Tour de France, même si le dopage dans le Tour ne date pas d’hier et que les affaires continueront à se succéder. Floyd Landis en 2006 est le premier vainqueur du Tour à être déclassé pour dopage. Suivront Alberto Contador en 2011 et Lance Amstrong déchu, à rebours, de ses 7 victoires sur le Tour entre 1999 et 2005.

Pour autant le Tour de France reste un rendez-vous très attendu par tous les amoureux de la « petite reine » et des paysages verdoyants filmés d’hélicoptère. Et pour qu’ils restent fidèles cette année encore, l’organisation du Tour à prévu quelques surprises avec entre autres :

  • Une étape de 65km en montagne, la plus courte de l’histoire de la course mais sans doute pas la plus facile, avec une arrivée au Col du Portet,
  • Une étape sur un chemin de terre entre Annecy et le Grand-Bornand, 2 jours après les pavés du Nord,
  • Désormais les équipes (22 au départ) ne compteront plus 9 coureurs mais 8, pour éviter un peloton trop gros et dangereux.

Il se murmure également que les hôtesses qui remettent les maillots aux coureurs sur les podiums pourraient disparaître…Une petite révolution !

 

Alors le 7 juillet, vous serez plutôt foot ou Tour de France ?