Remontons le temps jusqu’en 1977 lorsque la ville de Paris recouvre son indépendance municipale. Découvrons comment le premier maire parisien du 20ème siècle a décidé de la construction d’un Palais des Sports à Bercy : le lieu de tous les événements.

 

Bercy, un joli village à la campagne, tenant son nom d’une antique villa romana, occupe une place de choix sur les bords de la Seine. Un château, une église, Notre-Dame-de-Bercy, et les maisons du village qui accueille les fûts de vin arrivant par bateau. Comme Reuilly, Picpus ou Montempoivre, Bercy est devenu un quartier du 12ème arrondissement parisien annexé à la ville en 1860.

Bercy devient le lieu des plus gros « embouteillages » de Paris avant l’automobile quand la zone des pinardiers s’est étendue le long du fleuve afin de recevoir les chalands de vin de Bourgogne, de Champagne ou du Val de Loire.

Deux secteurs sont organisés : le Grand et le Petit Bercy, équipés cette fois de voies ferrées pour accueillir les trains de vins, alcools et spiritueux.

1977 est un grand millésime pour Paris : la ville recouvre ses droits municipaux, son indépendance, et son Conseil est enfin élu au suffrage universel pour la première fois depuis cent ans, ce qui en fait l’événement du siècle!

Le premier maire parisien élu au 20ème siècle est ainsi le désormais célèbre Jacques Chirac qui, très vite, prend les devants : Il accélère le programme de constructions du quartier des Halles et prévoit de dynamiser l’est de la ville avec la désindustrialisation qui s’accroît.

Pour cela, il inscrit Paris comme ville candidate aux Jeux Olympiques de 1992. Afin de soutenir cette candidature, le projet ouvre une consultation architecturale en 1979 pour un palais des sports. Plus tard, il est prévu de construire le village olympique dans un jardin à l’emplacement de la fameuse zone des pinardiers.

Les architectes Andrault, Para et Guyan ainsi que l’ingénieur Jean Prouvé sont ainsi nommés à la réalisation de ce projet et le chantier commence au printemps 1981 pour s’achever à la fin de l’année 1983.

Ce palais présente la forme d’une grande pyramide précolombienne octogonale. Chaque face en pente de 30° est engazonnée tandis que la partie supérieure reçoit les immenses poutres métalliques permettant de dégager l’aire de jeu intérieure : il n’y a ainsi aucun poteau porteur dans les gradins.

La charpente métallique reçoit quatre ponts roulants de 5 tonnes permettant les manipulations et les transformations de la salle dans de très courts délais. Ce dispositif très original est une première mondiale. Il offre à ce palais des applications techniques sans limites pour la sonorisation, les éclairages et les effets spéciaux, tant pour le sport que pour les spectacles.

L’inauguration du Palais Omnisports a lieu le 3 février 1984 avec l’épreuve cycliste mythique :  » les 6 jours de Paris », suivie, la semaine d’après, de la première édition du tournoi intérieur de football du Paris Saint-Germain.

Ainsi ce Palais des Sports choisit l’enseigne « Palais Omnisports de Paris-Bercy » avec le sigle POPB. Les manifestations sportives régulières ou exceptionnelles dans d’innombrables disciplines sont organisées dans cette salle couverte depuis 1984 : spectacle de ski acrobatique, coupe de France de hockey sur glace, championnats du monde de patinage artistique, de karaté, de tennis de table ou d’escalade, festival d’arts martiaux…

De même, des concerts s’enchaînent et se déchaînent depuis trente ans : Si Scorpions a ouvert le bal le 29 février 1984, de nombreux artistes lui ont succédé depuis. On peut citer Johnny Hallyday (qui détient à ce jour le record de représentations avec ses 96 concerts et plus d’un million de spectateurs), Jeanne Mas, Madonna, U2, Céline Dion et bien d’autres.

La création du Palais Omnisports de Bercy dans un quartier industriel de l’est parisien est un défi. Isolé à l’époque, il n’est plus tout seul aujourd’hui : rejoint par le Ministère des Finances, puis entouré du nouveau jardin de Bercy où l’on trouve la Cinémathèque Française et enfin les tours de la Bibliothèque Nationale de France qui dominent la Seine sur la rive opposée.

En 2014, après trente ans de bons et loyaux services, le POPB a bien besoin d’un petit rafraichissement. Commencent alors 18 mois de travaux pour redonner ses lettres de noblesse à l’établissement. L’espace extérieur est réaménagé tandis que l’intérieur est quant à lui agrandi pour ajouter quelques 3300 places supplémentaires.

C’est aussi l’occasion pour le POPB de changer de nom pour devenir l’AccorHotel Arena, ce qui trouve son sens dans la tradition des jeux du cirque (du latin arena : sur le sable) : Bercy devient donc l’Arène de la Lutèce moderne.

 

N’oublions pas que tous ces spectacles sportifs ou artistiques ont leur place dans l’équilibre des rapports sociaux, et Louis XIV le résumait très bien : « nos peuples s’aiment aux spectacles, par là nous tenons leur esprit et leur cœur ».

À méditer …