Les techniciens audiovisuels ne sont pas de grands bavards. Et pour cause, c’est votre marque, votre produit ou encore votre film qu’ils doivent mettre en lumière (et en son), pas eux. Des hommes (et des femmes) discret(e)s. Comme Jean-François. A la fois concentré sur son job mais toujours passionné par un métier découvert presque par hasard il y a plus de 20 ans. Son histoire avec l’évènementiel s’est construite sur des rencontres. Celles d’hier lui ont appris son métier, et ont donné naissance à de véritables amitiés. Et celles d’aujourd’hui, sur le terrain, lui permettent de transmettre sa passion. Son secret pour durer ? Une bonne gestion du stress, et savoir également profiter des évènements auxquels il contribue.

Du disco mobile à l’évènementiel

Jean-François n’aimait pas vraiment l’école. Peu motivé, mais souhaitant faire plaisir à ses parents, il décroche tout de même un apprentissage puis un diplôme (tourneur fraiseur) dans une école de mécanique industrielle. Mais travailler dans ce secteur toute sa vie ne l’emballe pas vraiment.

Vient alors l’heure du service militaire, qu’il effectue en Allemagne. De retour chez lui sa mère, inquiète pour son avenir, n’attend pas 3 jours avant de lui demander s’il a trouvé du travail.  Ne voyant rien venir, elle fait appel à ses origines auvergnates et lui décroche un job de garçon de café à Paris. Pendant presque 4 ans, Jean-François découvre l’ambiance des bars de nuit. Plutôt doué avec le matériel électrique, il fait également à l’occasion « disco mobile » lors de soirées. C’est à ce moment qu’il rencontre Joël, gérant de la société audiovisuelle Atkis. Celui-ci lui propose de rejoindre sa société, même s’il n’y connait rien. C’était en effet l’époque (bénie ?) où l’on pouvait apprendre sur le tas car il n’existait pas de formation. « Tu veux faire ça ? Ok, mais avant tu vas faire ça. Travailler 12 heures par jour et tirer des kilomètres de câbles n’était pas un problème car on pouvait s’en sortir. On était des marginaux, des forains, et on aimait ça ».

Jean-François participe à de nombreuses opérations. Sur plusieurs d’entre elles il rencontre Robert qui travaille chez VPS Vidéo, une autre agence audiovisuelle. Un lien professionnel et amical se crée au fil du temps. Jean-François quitte Atkis pour rejoindre Robert chez Top Audiovisuel. Et au bout de quelques mois, Robert (Bob pour les intimes) lui demande s’il ne souhaiterait pas monter une société avec lui. Aquila Audiovisuel nait officiellement le 24 juillet 1998.

Aujourd’hui Bob a choisi de prendre sa retraite. L’entreprise s’appelle toujours Aquila,  Jean-François est toujours aux manettes, avec de nouveaux associés ,  une nouvelle équipe, qui partage la même vision de leur travail. « On a les mêmes valeurs et avance tous dans la même direction ».

« Dans l’évènementiel on n’opère pas à cœur ouvert, il faut relativiser »

En 2017 un classement des métiers les plus stressants a été publié : l’évènementiel est classé en 5ème position, devancé de peu par les militaires, les pompiers et la police. Est-ce une histoire de générations ? Ou bien d’époque ? Difficile à dire mais aujourd’hui clients, agences (et leurs salariés) et prestataires sont sous pression. « Je reçois un mail le vendredi soir. L’expéditeur doit rendre son projet le lundi matin. Il me dit qu’il sait que je ne pourrai pas travailler dessus ce weekend mais me l’envoie quand même ! On ne voyait pas ça avant. On est dans une culture de l’urgence. C’est contreproductif. Il faut remettre les enjeux à leur place. Je préfère travailler avec une vision objective des choses. Et cela ne m’empêche pas d’être pleinement engagé dans mon travail. »

Apprendre à relativiser et à rester humble, quelles que soient les situations… C’est une des choses que Jean-François essaie de transmettre à tous ceux avec qui il est amené à travailler. « Le côté marginal de mon travail n’existe plus. Il existe désormais des formations, des écoles pour apprendre mon métier. La professionnalisation est une bonne chose mais ça ne suffit pas. Il n’y a que le terrain pour se former vraiment. Certains jeunes arrivent en disant « je sais » mais ça n’est pas vrai. L’imprévu fait partie de l’évènementiel. On ne sait pas tout. Aujourd’hui je commence seulement à savoir, un peu. »

« J’ai très envie de transmettre, même si c’est un métier d’égoïste »

Dans l’évènementiel on vit son métier à fond. « C’est un métier de passionnés. Quand on travaille on oublie tout, on est dedans ». Et lors de certains évènements, Jean-François n’est pas qu’un acteur de l’ombre. Il devient également spectateur, et éprouve la même émotion que tous ceux qui sont dans la salle. Ce fût le cas lors d’un concert de Joe Hisaishi (compositeur, entre autres, des musiques de films d’animation de Miazaki), à une fête foraineorganisée Porte deSaint-Cloud ou encore lors d’une soirée organisée pour une fondation prestigieuse qui accueillait notamment Madonna et Lenny Kravitz.

Jean-François aurait-il un côté fan ? Peut-être. Mais ce genre d’événement est aussi la concrétisation de plusieurs semaines de travail, une opé réalisée conjointement avec d’autres prestataires qui sont ses amis depuis plus de 20 ans. « Les gros évènements engendrent beaucoup de pression. Mais quand on passe une semaine sur place avec des amis et que tout se passe bien, on a réussi le job. Et on a passé un super moment avant, et pendant. »

Travailler en réseau est de plus en plus important pour Jean-François. « Lorsque les enjeux sont importants, il faut s’appuyer sur une production solide. Des gens en qui on a confiance car on connaît leurs capacités, et on parle le même langage ». Son réseau, il le travaille tous les jours sur le terrain, et pas de façon virtuelle. C’est le meilleur endroit pour créer du lien, un lien qui va perdurer dans le temps et qui se crée de façon naturelle. Pour Jean-François c’est avant tout une question de caractère et de tempérament. « Il y a plus de 20 ans j’ai travaillé quelques mois avec le stagiaire d’un directeur de production. Le courant était bien passé. Je découvre quelques années plus tard qu’il est à la tête d’une grosse expo sur Paris. Je lui envoie un mail pour savoir comment il va, et s’il se rappelle de moi. Ça n’était pas pour du business, juste pour avoir des news. On décide de se revoir. Et depuis on bosse ensemble, tout en continuant à se voir à côté ». On peut parler de transmission réussie.

 

On peut aimer partager avec le public, transmettre, et aussi parfois être seul. Ou presque. Une projection privée à 2 ou 3 avant l’événement officiel, se promener dans une salle vide avant l’arrivée du public…C’est aussi ce qu’aime Jean-François, le silence avant le bruit, le calme avant la tempête. La lumière, il la laisse aux autres.

 

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