C’est le 12 mai 2018 que se déroulera à Lisbonne la 63ème édition du célébrissime « Concours Eurovision de la chanson ». L’Eurovision c’est un peu comme le concours Miss France. Il y a ceux qui aiment (vraiment !), ceux qui trouvent ça complètement ringard parmi lesquels se cachent ceux qui n’avoueront jamais qu’en fait ils regardent, et puis ceux qui regardent par amour du kitsch (et pour critiquer). Bref, tout le monde connaît l’Eurovision mais tous, ou presque, ignorent l’histoire de ce concours. Alors comment est né l’Eurovision ? Y a-t-il des enjeux derrière ce concours de chant ? On vous dit tout…youhouhouhouhou.

 

Il était une fois l’Eurovision

L’histoire du concours de l’Eurovision commence dans les années 50. Dans cette période post Seconde Guerre Mondiale, les pays impliqués souhaitent renforcer leurs liens quels qu’ils soient pour instaurer une paix durable. La culture dépassant les frontières, l’UER (Union Européenne de Radio-Télévision) voit le jour en 1950. Elle regroupait alors les principaux pays de l’Europe de l’Ouest. Mais pas toujours facile de s’entendre lorsqu’on ne parle pas la même langue. L’idée d’un événement propre à chaque diffuseur, avec un hymne clairement identifiable et diffusé ensuite dans tous les pays concernés émerge le 8 septembre 1953 lorsque tous les délégués de l’UER se réunissent pour la 1ère fois.

Ce premier événement, diffusé en 1954, est un succès. Mais les membres de l’UER souhaitent aller plus loin en proposant un événement commun unique, axé sur le divertissement. Lors d’une réunion en janvier 1955, l’UER hésite entre un festival de cirque, à l’image de celui de Monte-Carlo, ou un festival de musique comme celui de Sanremo qui connaît alors un grand succès en Italie. Cette deuxième option est portée par Marcel Bezançon, Directeur Général de la Télévision Publique Suisse, qui souhaite donner une dimension européenne à ce festival.

Une nouvelle réunion à Rome quelques mois plus tard entérine la proposition de Marcel Bezançon pour l’organisation d’un concours de chansons européen, diffusé en direct (à la télévision et à la radio) et simultanément dans tous les pays diffuseurs participants. Le 1er « Grand Prix Eurovision de la Chanson Européenne » est organisé l’année suivante à Lugano en Suisse, le 24 mai 1956.

 

De la Suède à l’Australie, l’Eurovision évolue

Avec 43 pays participants pour cette édition 2018, on est bien loin des 7 pays participants de la 1re édition. Et il n’y a pas que le nombre de pays qui a changé, le règlement aussi.
A l’origine chaque pays pouvait présenter 2 chansons. Avec seulement 7 pays représentés, cela permettait de faire un peu « durer le plaisir ». Chaque chanson devait être originale, jouée et chantée en direct. Ce point reste inchangé encore aujourd’hui. Mais à l’époque seuls les chanteurs solos étaient autorisés, et les chorégraphies interdites. Les membres du jury (2 pour chaque pays) étaient uniquement des professionnels et chacun attribuaient 2 points à sa chanson préférée, et pouvaient voter pour celle de leur pays. Et c’est la Suisse qui remporte la 1ère édition de l’Eurovision, sans qu’aucune mention ne soit faite de la 2ème et 3ème place.

4 millions de téléspectateurs suivent cette 1ère édition. Un réel succès qui pousse l’UER à reconduire le concours l’année suivante, en modifiant le règlement : les duos sont autorisés, chaque pays ne présente qu’une seule chanson, le pays vainqueur organise le Grand Prix l’année suivante, et le vote est un peu plus transparent. Chaque pays, qui possède désormais son propre jury de 10 personnes (et 10 voix) dans son pays, est contacté en direct pour communiquer ses votes. Enfin il est interdit de voter pour son propre pays.

Dès les années 60, le nombre de téléspectateurs ne fait qu’augmenter (30 millions en 1961), notamment parce que l’Eurovision se déroule désormais le week-end. C’est en 1966 qu’apparaissent sur scène les premiers danseurs pour accompagner les chanteurs. En 1968 l’Eurovision est retransmis en couleurs. Dès 1970, le format audiovisuel, avec présentation du pays organisateur qui ouvre le concours, est adopté.
Presque chaque année depuis la création du concours, l’UER doit modifier le règlement afin par exemple de s’adapter au nombre toujours plus grand de participants – d’où depuis 2004 l’organisation de demi-finales quelques jours avant -, pour rajeunir son image, avec l’introduction du télévote des téléspectateurs en 1998, d’un logo en 2004, ou l’invitation d’un pays qui n’est pas membre de l’UER comme l’Australie dès 2015.

 

L’Eurovision et ses enjeux

Mais l’Eurovision n’est pas qu’un simple concours de chant qui peut permettre (ou pas) à quelques chanteurs d’obtenir une certaine visibilité, voire d’émerger sur la scène internationale. Pour certains pays l’enjeu est plus stratégique, voire politique. Si l’UER, dans son règlement, interdit la propagande politique ou commerciale dans les chansons qui vont concourir, et vérifie que chaque intervenant a le droit d’entrer sur le pays hôte, l’Eurovision reste le reflet des tensions politiques existantes. Vitrine du monde libre pendant la Guerre Froide, c’est depuis les années 90 et l’explosion des Balkans un territoire d’affrontements – invisible pour le spectateur – entre de nombreux pays, chacun revendiquant de plus en plus son identité en refusant de participer avec d’autres pays « rivaux », ou bien en délivrant des messages plus ou moins cryptés dans leurs chansons. Et c’est sans compter avec les votes truqués, ou les candidats interdits d’entrer sur certains territoires. Avec plus de 200 millions de téléspectateurs, difficile de résister à la tentation de faire passer des messages !

Cette année la France a choisi elle aussi une « chanson à message » avec Mercy, interprétée par le duo Madame Monsieur. Un titre inspiré de l’histoire vraie de la naissance de Mercy le 21 mars 2017, une petite migrante Nigériane née à bord de l’Aquarius, un bateau humanitaire qui vient en aide aux Migrants. Une chanson engagée qui donne un visage au drame quotidien qui se joue en Méditerranée, très éloignée du titre d’Amir de 2016 qui avait obtenu la 6ème place, un record pour la France !

Cette année c’est à l’Altice Arena que se déroulera la finale de l’Eurovision. Avec 20 000 places, qui se sont vendues comme des petits pains, et près de 200 millions de personnes attendues derrière leur écran, l’Eurovision reste une valeur sûre pour l’UER, même si les chiffres exacts du coût d’un tel concours restent secrets (on parle de 23 millions cette année). Alors ferez-vous partie de ces 200 millions cette année ?