La curiosité n’est pas un vilain défaut. Pour Émilie, graphiste free depuis 2007, c’est même tout le contraire. C’est sans doute ce qui l’a poussé sans le savoir vers l’évènementiel, un secteur où l’on côtoie des univers différents, des métiers et des gens différents et où pour convaincre il est nécessaire de se renouveler en permanence. Vous trouvez ça stressant ? Pour Émilie, c’est ce qui fait la richesse de son travail. Un travail stimulant qu’elle apprécie tout autant que le calme de l’île d’Yeu. Le juste équilibre.

J’étais plus faite pour être sur le terrain que pour plancher sur une table.

Comme beaucoup de jeunes, Émilie ne savait pas trop ce qu’elle voulait faire au départ. Une école de communication visuelle ? Pourquoi pas. C’est créatif, stimulant, on ne fait jamais la même chose…Elle y découvre le graphisme et ses différents stages en agences confirment son choix. Mais 4 ans d’études c’est long, en tout cas pour Émilie qui préfèrent l’ambiance des agences aux salles de cours. Alors elle décide d’arrêter un an avant l’obtention de son diplôme, un choix plutôt culotté quand on sait qu’aujourd’hui de nombreux jeunes optent pour de longues, voire très longues études avant de se lancer sur le marché de l’emploi.

Dans sa première agence, Émilie apprend le marketing direct. Elle y reste quelques temps, comme assistante de directeur artistique puis comme directrice artistique. Afin de voir ailleurs comment ça se passe, elle entre dans une autre agence. Elle y découvre le secteur de la grande distribution, le packaging, et travaille sur le design des offres promotionnelles. Et puis un jour Émilie a des enfants. Jusque-là elle ne s’était jamais dit que cela pouvait avoir une influence sur un travail qu’elle adore. Mais continuer à travailler en agence de 11h à 22h est difficilement compatible avec une vie de famille. Le choc est assez brutal pour Émilie qui n’a pas du tout l’intention de renoncer à un métier qui la passionne, ni à une vie de famille en devenir. Alors en 2007 elle prend la décision de se lancer en free. « Cette décision n’a pas été simple. Je quittais définitivement un milieu que je connaissais depuis 8 ans. Je devais tout recommencer à zéro, tout recréer ».

Au départ, c’est son réseau qui la fait travailler. Identités visuelles, logos…Émilie touche à tout, y compris dorénavant aux devis et à la facturation. « Avant je n’étais que dans la création. J’ai appris d’autres choses, et ça m’a donné confiance en moi ». Et puis elle a remis le pied en agence, en restant free. Des agences d’évènementiel cette fois. Pour Émilie, c’est une révélation.

Travailler avec des agences évènementielles est très enrichissant, créativement et humainement.

Le métier de graphiste est implicitement créatif. Et pour rester créatif, il faut souvent être stimulé. Pour Émilie, les agences d’évènementiel sont l’endroit parfait pour ça. « Quand on travaille en direct avec des clients on est vite limité. Leurs connaissance en matière de techniques d’impression et de ce qu’il est possible de faire en termes de création sont souvent faibles, ce qui est logique, ou alors ils n’osent pas sortir des sentiers battus. On tourne assez vite en rond. En agence il faut sans arrêt se remettre en question, réfléchir au-delà de la création d’un logo et voir le projet dans sa globalité. Ça me pousse à explorer des choses souvent plus ludiques, à me lâcher ». Et puis il y a les relations avec les autres, les échanges avec les chefs de projets et les autres membres d’une équipe. « Ce sont les échanges qui poussent à la réflexion. Il y a quelques temps j’ai travaillé pour Volcanic sur un gros projet. Nous étions de nombreux frees, avec 4 graphistes ainsi qu’un grand nombre de compétences et de métiers différents. Mais l’équipe mise en place a fonctionné à merveille, à la fois très pro mais aussi, et surtout bienveillante. Il y avait une grande énergie positive entre les gens mais aussi en termes de création, sans aucun problème d’égo. C’était une très belle aventure ».

Lorsqu’Émilie travaillait en agence, en fixe, l’ambiance était assez différente. « Beaucoup de graphistes préféraient se définir comme Directeur artistique, comme si cela ajoutait une légitimité supplémentaire à leur travail. Je n’ai pas besoin de ça, je suis graphiste. Mon métier est complémentaire aux autres. Briller en société ne m’intéresse pas ». Et quand Émilie se déplace sur un événement – ce qui n’est arrivé que 3 ou 4 fois – ça n’est pas pour récolter les lauriers de ces créations mais pour voir comment elles fonctionnent. « L’un des premiers gros évènements sur lesquels j’ai travaillé, c’était pour un constructeur de camions de chantier. Je m’étais occupé de toute la signalétique. L’événement avait lieu dans une énorme carrière, avec un gros chapiteau, une piste d’essais…Voir ces grosses machines en situation, dans cet endroit improbable était merveilleux ».

J’aime sortir de ma zone de confort et mettre un peu les mains dans le cambouis.

Aux paillettes Émilie préfère la terre sur laquelle elle a les 2 pieds bien ancrés. « Je suis quelqu’un d’assez simple, qui aime les relations saines, sans stress inutile ». Le stress ? Émilie semble ne pas le connaître. « J’ai la chance de travailler avec des agences qui me correspondent, et des chefs de projets très pros avec qui je parle la même langue. D’une certaine façon ce sont eux qui me protègent du stress, notamment de celui du client final. Je leur fait confiance et ils me font confiance. C’est très important. On se dit les choses en toute franchise, sans perdre de temps. Des relations humaines normales en fait, et c’est ce que j’aime ».

Pendant près de 10 ans, Émilie a travaillé seule. « A la longue c’est sclérosant, on tourne en rond. Et la vie personnelle et professionnelle se mélangent ». C’est l’une des raisons qui l’ont poussé à travailler dans un espace de coworking depuis 4 ans. « Dans l’espace où je travaille actuellement nous sommes 4. Il y a des graphistes web et un Directeur artistique. On peut échanger sur notre travail, discuter. C’est très enrichissant et on fait de belles rencontres. J’ai besoin du contact humain ». Pour l’assouvir, Émilie quitte parfois son ordinateur pour prêter main forte sur le terrain à des agences spécialisées en évènementiel voyage, qu’elle se soit occupée des créations en amont (carnet de voyage, kakémonos, fonds de scène…) ou pas. « C’est une autre vision des problématiques du client, une vision bien réelle et concrète. Ça me permet de passer du temps avec l’équipe et de prendre conscience du travail qu’ils accomplissent sur place. Et comme je suis plutôt curieuse et que j’aime voyager, cela me correspond tout à fait ».

 

Être capable de se remettre en question, de se dépasser est l’un des traits de caractère d’Émilie. « Je suis quelqu’un de curieux et d’optimiste. Et je suis également très lucide sur mon travail. Je ne fais plus partie des jeunes dans mon métier alors je suis régulièrement des formations aux Gobelins pour acquérir de nouvelles compétences ». On pourrait croire qu’une telle gourmandise empièterait forcément sur la vie personnelle mais c’est mal connaître Émilie. « Travailler à l’extérieur de chez moi me permet de séparer vie pro et vie perso. J’attache une grande importance à ma liberté et je déteste qu’on vienne m’envahir ». C’est peut-être pour cette raison que pour se ressourcer elle a choisi une île, l’île d’Yeu. « C’est mon petit paradis, à moi et à ma famille. Un coin pour ma tribu ». Attachée à sa liberté, Émilie ne s’interdit pas de partir à l’aventure, que ce soit dans son travail, ou bien à l’autre bout du monde comme sur une petite île des Maldives où elle participe à un projet hôtelier. Pour plus tard peut-être.

 

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