[ACTIONNARIAT & ARGENT & INVESTISSEMENT] L’histoire de… Loick ANGER

Histoire de la reprise de BESNE MECANIQUE DE PRECISION : En 1980, Jean-Paul Haspot crée dans son garage, Besné Mécanique, une entreprise de tournage sur métaux. Situé sur la commune de Besné d’où elle tire son nom, l’entreprise a immédiatement opté pour la sous-traitance des voisins nazairiens (et pas les moindres) : Airbus, Sides, Semt… 19 années plus tard, Jean-Paul Haspot, à la tête d’une belle société, pense à sa succession. Mais, qui pourrait bien prendre sa suite ? Dès son arrivée, Loïck Anger, en 1999, a senti que ce poste de responsable de production à Besné Mécanique allait lui permettre de mettre à contribution ses compétences au profit du développement. Ce dernier souhaitait en effet, acquérir une « véritable expérience en production. » Jean-Paul Haspot, en recrutant ce nouvel équipier de 33 ans a une arrière-pensée : « et si c’était lui, mon repreneur ? » La notion de reprise de l’entreprise flotte dans les discussions, mais Loïck Anger ne l’entend pas totalement de cette oreille. Il a délibérément quitté son poste de consultant en organisation de production pour se confronter à l’application terrain en « production, pas pour reprendre une entreprise… » Les deux hommes s’entendent immédiatement très bien : « je crois qu’il m’a tout de suite pris pour son dauphin et, de mon côté, je l’ai toujours considéré comme un maître. » Jean-Paul Haspot étudie alors toutes les possibilités de reprises externes. Aucune ne le satisfait. Ce qu’il souhaite, c’est transmettre et accompagner son collaborateur pendant une à deux années…

Loïck Anger, « très heureux de son poste » et à l’écoute de son dirigeant, lui avoue qu’il n’envisage pas de reprendre seul… Germe alors l’idée de faire reprendre l’entreprise par tous les salariés ! Modifier l’entreprise en Scop, voilà la bonne idée ! Et l’entreprise devint Scop Dès la nouvelle connue, les 45 salariés s’interrogent. Des plus convaincus : « être sociétaire, c’est également une implication supplémentaire », aux plus négatifs : « Besné Mécanique en Scop ? Ça ne marchera jamais ! Et en plus, avec un inconnu à la tête ! »

Mais si Loïck Anger est l’un des plus récents embauchés, le binôme qu’il forme avec Jean-Paul Haspot est dans la totale continuité de la direction de cette entreprise pérenne, bien en phase avec ses métiers et ses marchés. La transmission s’effectue dans la douceur, l’accompagnement du fondateur dure deux ans. Une trentaine de salariés entrent dans l’actionnariat « Une belle participation, représentative ! » Et, en 2004, celui qui se considère comme « l’élève » prend la succession de Jean-Paul Haspot qui, par un lien affectif et amical, n’est jamais très loin de Besné Mécanique. Loïck Anger a 38 ans et devient chef d’entreprise. Autre évolution importante, l’entreprise doit faire évoluer son nom tout en restant dans la continuité, elle sera renommée Besné Mécanique de Précision. La précision en plus Le premier constat qu’il dresse concerne la stratégie de l’entreprise. Bien que saine, l’activité repose sur une clientèle très locale située entre Nantes et Saint-Nazaire. 90 % du chiffre d’affaires sont réalisés par 4 clients, dont Airbus et Man-Diesel. « Cette situation allait nous fragiliser à terme ». Loïck Anger entreprend donc de diversifier ses clients sur une zone géographique plus étendue. Dans le domaine de l’aéronautique, l’entreprise s’appuie sur son savoir-faire local auprès d’Airbus pour se développer sur les autres sites français du constructeur. Elle va également se positionner chez le motoriste à travers les différentes entreprises du groupe Safran. Premier pan de développement pour l’entreprise : le commercial « crucial pour Besné Mécanique de Précision ! »

Une puissante force commerciale et suivi d’affaires, composée de 10 personnes s’est déployée sur les marchés. Avec de gros investissements matériels pour adapter ses outils de productions, l’entreprise, sans renier son métier de base, élargit sa gamme de prestations avec des usinages sur des pièces de plus grandes dimensions. Innovation technologique aussi sur les produits : les métaux ne sont plus les seuls supports, l’usinage des composites (carbone, kevlar) permet également un positionnement sur les composites pour la fabrication de pièces aéronautiques. Quant à lui, Loïck Anger est devenu membre du Centre des Jeunes Dirigeants pour perfectionner son métier de dirigeant « pour apprendre les ficelles du métier de dirigeant, c’est une formidable école ! » En 10 ans, les résultats sont plus que probants : le chiffre d’affaires passe de 6 à 12 millions ; l’équipe s’agrandit. 65 personnes puis 110 collaborateurs ! Au fil des années, Loïck Anger a complètement modifié l’organisation de l’entreprise. Quitte à déplaire aux uns : « il faut savoir bien se séparer pour mieux grandir », il a su s’entourer d’une équipe très performante et digne de confiance. Sa philosophie replace la richesse humaine au coeur de l’entreprise. Les moyens matériels ne sont rien au regard des femmes et les hommes qui la composent « il faut mettre l’entreprise au service de l’homme et non le contraire, chacun doit trouver sa motivation et l’envie d’aider à la réussite de l’entreprise ». Ces valeurs collent bien avec son passage au CJD et avec le statut de l’entreprise en Scop. Si, au début, Besné Mécanique de Précision était plus proche du monde artisanal, l’entreprise est désormais reconnue pour la qualité de ses produits et est devenue une référence dans le monde pointilleux de la réalisation d’outillages et de lignes d’assemblages pour l’industrie aéronautique. Elle a su se développer dans ce domaine, là où beaucoup ont échoué, ceci en revoyant sans cesse son modèle économique sur ce marché et en évoluant vers toujours de plus gros contrats.

Le développement dans la réalisation de pièces séries est également une réussite, sans cette stratégie de diversification, l’outil de production n’aurait jamais évolué et l’entreprise serait certainement en mauvaise posture aujourd’hui… Loïck Anger a toujours cru au travail collaboratif et Besné Mécanique de Précision s’est également structuré avec des partenaires. En créant la marque Elyps, l’entreprise a pu donner une lisibilité de compétences complémentaires à son métier de base. Elyps reprend les différentes filiales de Besné Mécanique de Précision, son bureau d’études Besné Concept Ingenierie (détenu à 100 %) mais également des participations minoritaires au capital de structures ou encore des partenariats créés avec des entreprises comme Real Industry, Cesi, SMM, G3D, Critt. L’apprentissage avec un A majuscule À Besné Mécanique de Précision, on a besoin des compétences de chacun. » La mécanique de précision est en effet un métier exigeant, où les postes qualifiés nécessitent des connaissances et un savoir-faire avérés. Loïck Anger et ses collaborateurs sont persuadés du bien-fondé de la formation par apprentissage. « On y croit depuis longtemps, mais en 2014, nous avons là encore innové ». Et avec quel talent ! L’entreprise a initié une nouvelle démarche de formation : rechercher des personnes, âgées de 18 et plus, sans emploi. Avec pour partenaires : Pôle Emploi, la Mission Locale ; GEIQ industrie, l’AFPA, le recrutement se finalise par la constitution d’un groupe de 6 apprenants pour les former, 15 mois durant, au métier de fraiseur, savoir-faire essentiel pour l’entreprise. L’implication financière et humaine de l’entreprise sur cette démarche innovante est forte, mais « tout le monde en sort grandi ! » Bien évidemment, les métiers, les produits, les clients sont au coeur des préoccupations quotidiennes.

Mais, pour Loïck Anger, « l’humain prime ». En 2004, il ne se voyait pas reprendre l’entreprise. Aujourd’hui, entouré d’une équipe « dont il est fier et qui l’épate à tous points de vue », il sait qu’il peut compter sur les membres de son équipe, en cas de coups durs, ou de période économiquement perturbée, car la crise de 2008 est également passée par Besné… Et, en pareil cas, « on est tous côte-à-côte, à relever ensemble les challenges ». Et ils n’ont pas eu peur, dès 2010, d’investir pour conquérir des nouveaux marchés potentiels. Plus de 2 millions d’euros ont été injectés entre les bâtiments et les moyens de production. « Nous n’avons pas toujours été compris… » Mais, quand en 2011, le chiffre d’affaires bondit de 50 % (il avait reculé de 30 % pendant la période 2008-2009), plus aucun doute n’est permis sur la pertinence des choix « de sortie de crise ». L’organisation en Scop y serait-elle pour quelque chose ? Loïck Anger a su s’entourer d’un Comité de Direction, composé de ses cadres les plus proches, qui lui permet d’être accompagné sur le pilotage au quotidien et de préparer l’avenir « c’est avec le Codir que j’avance sur la vision de l’entreprise avant de valider les projets en conseil d’administration ». Car la Scop nécessite une grande communication sur les chiffres, les points faibles et forts de l’entreprise, les projets. Ainsi, la vision globale est partagée avec tous permettant un fort sentiment d’appartenance… L’actionnariat est volontaire, « c’est un choix individuel ». Jean-Paul Haspot, le fondateur revient souvent « sentir » son ex-entreprise. Il y retrouve l’âme qu’il lui connaissait bien, qu’il avait créée… Avec un doux parfum d’excellence aux effluves de fierté de voir comment toute cette équipe soudée et combative fait grandir « son » bébé. les énergies marines renouvelables en ligne de mire Quand il fait le point et regarde les dix dernières années, Loïck Anger peut passer en revue les longues lignes d’assemblage complètes qu’il produit. Nombre d’avions Airbus, Embraer ou Dassault contiennent des morceaux de leurs aérostructures ou des parties de moteurs en provenance de Besné Mécanique de Précision. Et demain ? Vers quels secteurs l’entreprise va-t-elle se diriger ? « Nous croyons très fort dans les énergies marines renouvelables avec l’éolien, l’hydrolien ou l’utilisation d’autres formes de l’énergie des mers. » Mais impossible de se focaliser sur une seule perspective : « ce sont tous nos métiers, tous nos domaines que nous développons chaque jour. » Les clients sont nationaux certes, mais surtout prestigieux : Airbus, Stelia, Snecma, Aircelle, Dcns, Man… Et la réputation n’est pas en reste ! Dans le métier, il est de coutume de dire « Si tu as un problème, va chez Besné ! ». La phrase fait sourire Loïck Anger qui, modestement, avoue : « c’est vrai que notre niveau de maturité a bien progressé… » Pour le moins !

L’effectif devrait lui aussi poursuivre cette tendance : il est prévu qu’il double encore d’ici 10 années. La volonté, clairement affichée, d’une croissance forte (+ 10 % par an) n’a rien d’une provocation « C’est la force de l’équipe, quand je vois notre capacité à évoluer, à progresser, je ne suis pas du tout inquiet ». Même si le monde industriel n’est pas simple tous les jours, à Besné Mécanique de Précision tous ont du coeur à la tâche, du talent à revendre et surtout « du plaisir à faire partie de l’équipe ! »

Garder la dimension humaine et le plaisir dans un monde technologique en constante évolution, c’est le challenge de l’entreprise…

À Besné Mécanique de Précision, on cultive un savoir-être… de précision ! (Texte écrit par Béatrice BLOUET suite interview Loïck ANGER).